Editoriaux - Sciences - 10 août 2015

Comment peut-on encore être Charlie ?

Que le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, perpétré à l’aube de l’année 2015 par des terroristes islamiques, ait pu susciter l’indignation quasi unanime des Français soucieux de défendre la liberté d’expression, rien que de très légitime dans le feu de l’action, si j’ose dire, bien que la manifestation officielle organisée par les plus hautes instances de l’État apparût alors quelque peu démagogique.

La caricature constitue en effet, comme naguère le pamphlet – genre littéraire aujourd’hui étouffé par les multiples ligues de vertu qui pourchassent toutes formes de satires un peu « viriles » -, un mode d’expression qu’il faut résolument défendre avant qu’il ne disparaisse à son tour.

Depuis ce sinistre épisode, non contente d’avoir expressément renoncé à représenter Allah ou son prophète, capitulant ainsi devant la menace des « barbus » auxquels, ce faisant, elle donne gain de cause, la nouvelle équipe du journal a, semble-t-il, décidé de ne plus s’attaquer qu’à ses cibles favorites et bien moins dangereuses : la famille Le Pen, l’Église catholique, quelques politiciens classés à droite et les intellectuels « réactionnaires » (comprendre : ceux qui refusent la pensée unique et obligatoire en vigueur).

Certes, chaque dessinateur a le droit de ridiculiser qui bon lui semble et de publier ses œuvres dans une revue correspondant à ses convictions. Il reste qu’à la vue de quelques unes récentes, toute personne respectueuse de la dignité humaine ne peut qu’éprouver le plus profond dégoût.

Pour illustrer mon propos, je prendrai deux exemples particulièrement odieux. Alors que les persécutions contre les chrétiens se multiplient depuis des mois, voire des années, spécialement en Afrique noire et au Proche-Orient, les courageux « journalistes » de Charlie Hebdo n’ont rien trouvé de mieux que d’ironiser sur ce sujet dans un numéro paru début mai, à travers l’image d’une grenouille déguisée en évêque et installée dans un bénitier, une mèche allumée dans la gueule, avec pour légende : “Touchez pas à nos grenouilles de bénitier !”

Imaginons un croquis représentant un rabbin agonisant devant une école juive ou une synagogue après les exploits de Mohammed Merah, agrémenté d’une observation moqueuse : toute la caste politico-médiatique aurait poussé des cris d’orfraie, pour une fois à juste titre !

Mais j’ai trouvé plus ignoble encore, avec la couverture du 29 juillet dernier : à gauche, une marionnette des “Guignols” de Canal+ en gros plan, à droite, Vincent Lambert en tout petit sur son lit d’hôpital ; l’ensemble sous le titre : « Débranchez Vincent Lambert, pas les Guignols. »

Ce dessin signifie deux choses : d’une part, il révèle un mépris désinvolte pour une personne gravement handicapée, considérée comme une bouche inutile, un homme en trop qui n’a plus sa place parmi les vivants ; d’autre part, il traduit l’acharnement de soi-disant « bonnes consciences » à l’égard d’une famille en détresse, et tout particulièrement des parents de la victime, qualifiés dans le même temps, sous la plume de leur complice Laurent Joffrin dans Libération, d’intégristes catholiques assimilables aux fanatiques musulmans partant combattre au nom du djihad…

Décidément, je ne serai jamais Charlie !

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