À Nanterre, on vient de découvrir un exemple ultime de mixité sociale : le mélange des cendres de défunts. De quoi satisfaire les inconditionnels de l’égalité, si avides de ce concept. Pas sûr que les familles apprécient, en revanche.

Ces charmantes pratiques ont été dévoilées à la presse par deux ex-employés « afin que les familles sachent » – employés qui auraient, d’ailleurs, été licenciés pour faute professionnelle pour ce motif. La direction du crématorium géré par OGF, leader en France du service funéraire, était donc consciente d’une bonne partie des pratiques illégales exercées par ses employés, comme le montre une lettre de licenciement que détaille Le Parisien, qui a mené l’enquête.

Absence de respect dans la manipulation des cendres (l’employé aurait manifestement mieux fait d’être pizzaiolo), mélange des cendres de plusieurs défunts, notamment par l’introduction d’un deuxième cercueil dans le four – optimisation du temps oblige –, excédents de cendres humaines jetés au lieu d’être donnés en intégralité à la famille… la liste sordide de ces pratiques illégales est longue, et pour limiter toute curiosité malsaine et perte de foi en l’humanité, l’évocation des dérives s’arrête ici.

Ce scandale a entraîné l’ouverture d’une enquête par le parquet le lundi 4 août dernier, afin de faire toute la lumière sur cette lugubre révélation. Celle-ci révèle le manque d’information des familles, souvent démunies, en plein deuil, qui ne peuvent vérifier la qualité des funérailles données à leur proche et ignorent leurs droits en la matière.

Si cette affaire peut choquer en ce qu’elle touche à un sujet profondément douloureux (la mort d’un proche), faut-il toutefois s’en étonner ? Faut-il s’étonner de l’absence de respect des défunts dans une société qui fait du corps un instrument à maîtriser et qui donne à la vie humaine une importance parfois moindre que celle des animaux ? Est-ce une surprise, alors, que partout la souffrance, l’affaiblissement et la mort sont ostracisés et cachés hors de vue du commun des mortels ?

Ce genre d’affaire est symptomatique d’une société devenue utilitariste et individualiste, mue par une logique de rentabilité. La perte de la notion de respect de la vie humaine, de son commencement à sa fin naturelle, et la quasi-sacralité donnée au corps sain et beau, devenu un accomplissement en soi, est pour beaucoup responsable de cette perte de repère et son corollaire direct : le manque de respect. On nous enfume jusqu’au crématorium…

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