Editoriaux - Politique - Table - Théâtre - 22 octobre 2015

Et si on dissolvait l’Assemblée nationale ?

Ce qui est grave, ce n’est pas qu’un politicien se fasse siffler. Comme le président Hollande l’a lui-même dit hier à la Courneuve, et cette fois à juste titre : « il est normal qu’il y ait des déceptions ».

Non, ce qui est grave c’est la dévalorisation de la fonction dont il est investi. L’élection du président au suffrage universel, décidée par le peuple il y a plus d’un demi-siècle, fait de ce personnage la clé de voûte des institutions de la France, le pivot, le centre de gravité du fonctionnement de notre république. De fait, tout remonte à lui, tout tourne autour de lui et rien, dans le pays, ne peut être fait sans son approbation, et encore moins contre elle.

C’est du moins ainsi que la constitution fonctionne lorsque l’élection législative, qui suit de peu la présidentielle, envoie à l’Assemblée, une majorité de la couleur du président fraîchement élu. Le parti majoritaire concentre alors tous les pouvoirs et, « normal » ou pas, le président de la République se situe exactement au milieu du jeu politique.

L’onction du suffrage universel confère à ce personnage une aura, une légitimité, une « majesté », qui ne devraient jamais être remises en cause. On peut, après coup, c’est-à-dire après l’élection, contester des choix politiques nouveaux, montrer son désaccord avec une orientation que l’on trouve regrettable, récuser une palinodie, mais jamais, au grand jamais, il ne devrait être possible de manquer de respect à l’homme qui incarne cette fonction supérieure, car, ce faisant, c’est à l’institution elle-même que l’on s’en prend et, en fin de compte, à notre système politique tout entier.

Il se trouve que François Hollande est de moins en moins respecté. Depuis les sifflets des Champs-Élysées, un certain 14 juillet 2013, jusqu’aux huées d’hier, à la Courneuve, ses sorties sont le théâtre quasi systématique de ces gestes de moquerie, de défiance, de rage, d’impolitesse, d’irrespect en somme, qui sont autant de coups de canifs portés à nos institutions.

Dire qu’il l’a bien cherché par son comportement ne fait pas avancer la réflexion. Alors que faire ? Démissionner ? Certainement pas. Hollande sait qu’il n’a pas la stature du job, ou du moins, si après bientôt trois ans de pouvoir, il ne s’en rend pas compte, c’est qu’il manque gravement de lucidité, ce qui est douteux. Mais de là à démissionner, il y a une marche qu’on peut lui savoir gré de ne pas gravir. La force de l’institution « Présidence » ne lui appartient pas, elle appartient au peuple français tout entier et quitter le navire à cause de la tempête, même provoquée par lui, ne serait digne ni de l’homme, ni, surtout, de la fonction qu’il occupe.

La seule solution, la vraie porte de sortie démocratique, consiste à s’en remettre au peuple en dissolvant l’Assemblée pour provoquer des élections législatives. Il s’en suivrait, à coup sûr, une période de cohabitation. Cette sortie « par le haut », ne peut être organisée que par quelqu’un qui place la volonté du peuple par-dessus tout.
On peut craindre, malheureusement, qui ni lui, ni son entourage, ne soient motivés par une telle considération.

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