Editoriaux - International - Tribune - 20 octobre 2019

On a assassiné une Jeanne d’Arc kurde !

Et personne ne réagit, en France en particulier. Ou, du moins, plutôt discrètement.

Pourtant, cet assassinat a eu lieu le 12 octobre, il y a tout juste une semaine. Il est odieux, monstrueux : Havrin Khalaf, 35 ans, kurde, a été exécutée avec son chauffeur, probablement par des sous-traitants du , si l’on en croit un article du Monde du 14 octobre, à savoir des islamistes qui combattaient auparavant les Syriens, et qui nettoient maintenant les lignes kurdes avec sauvagerie (terroristes du même bois que certains de nos compatriotes qui prétendent au rapatriement).

Cet acte est certainement un crime de guerre prémédité car Havrin Khalaf était co-présidente du parti Avenir de la Syrie. Elle luttait pour la cause des femmes, la démocratie et la paix. Il doit interpeller les États dits libres, démocratiques et dits modernes.

Alors qu’on aurait dû assister à une pluie de condamnations gouvernementales, des associations, des femmes qui ont accès aux médias en France, pas ou peu de mots, pas de cris d’orfraie… Où sont les voix ? Les hommages ? Les protestations, les sanctions ? Pour condamner l’assassinat d’une Jeanne d’Arc, en terre syrienne, essayant uniquement avec fermeté et sens de la négociation, sans armes, ni armure, de construire depuis 2014 (année de création d’Avenir de la Syrie) un État réunissant Arabes, Turkmènes, Kurdes, musulmans, chrétiens, yézidis…

Havrin Khalaf, violée, lapidée avant d’être achevée, mérite beaucoup plus que quelques articles ici et là.

On n’a pas entendu notre gouvernement sur ce sujet, lui qui est si friand de communication.

Pourtant, c’est une femme, une cause qu’on assassine, un étendard, un idéal.

Des questions doivent être posées.

Un président peut-il être fier d’un assassinat lié à sa guerre ?

Des footballeurs, qui devraient peut-être avoir une certaine réserve, sont-ils fiers de saluer militairement leur armée, lorsqu’elle est complice d’un cruel ?

Que vaut un journal turc qui écrit « À la suite d’une opération réussie, la secrétaire générale du parti Avenir de la Syrie, liée au parti politique terroriste PYD, a été mise hors d’état de nuire » (le quotidien turc islamo-nationaliste Yeni Şafak) ?
Les tribunaux, qui existent à cette latitude, puisque les Kurdes y détiennent de nombreux djihadistes, n’existent pas pour cette combattante de la liberté ? Pas de rapatriement ?
Peut-on siéger à l’OTAN, où le Général pensait que nous n’avions pas notre place, à côté d’un tel régime ?

Madame Havrin Khalaf œuvrait pour mettre la femme à sa place dans une société à construire, en luttant pour la parité et contre le patriarcat.

En 2019, une « Jeanne d’Arc » kurde est assassinée presque dans la plus grande indifférence : cela en dit beaucoup sur le délitement des démocraties et leurs lâchetés pour soutenir les vrais combattants de la liberté, ou les abandonner au pire moment.

Mais des graines sont toujours semées. En Afghanistan, le fils du commandant Massoud, Ahmad, vient de se lancer en politique. Havrin Khalaf, elle aussi, a semé. Puissent les consciences occidentales se réveiller, enfin, pour faire face aux loups (Serge Reggiani) !

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