« C’est parce que nous avons ici des chercheurs extrêmement pointus en matière de biologie et de virologie que nous avons découvert ce nouveau variant. Le monde est injuste vis-à-vis de nous… » Voilà, résumé en quelques mots, le sentiment général qui prévaut aujourd’hui, en Afrique du Sud, après la fermeture des frontières un peu partout dans le monde. Le coupable de cette situation s’appelle Omicron (ou B.1.1.529), découvert dans son laboratoire de Pretoria par le docteur Angélique Coetzee, qui est aussi la présidente de la South African Medical Association. Interrogée par la BBC, elle ajoute : « Ce que nous voyons maintenant en Afrique du Sud, et rappelez-vous que je suis à l'épicentre, est extrêmement doux. »

Tout le monde est unanime à penser ici que ce variant, qui a aussi été détecté en Belgique, à Hong Kong et ailleurs, n’aurait jamais dû être qualifié de variant sud-africain, comme si ce pays était le berceau exclusif du nouveau variant. La société civile et médicale de ce pays, où seulement 24 % de personnes sont vaccinés, est unanime à penser que cette mise au ban du pays est non seulement totalement injuste mais aussi exagérée au regard de la non-dangerosité actuelle du nouveau variant. Cet affolement général est dû au fait que les trente mutations attribuées à Omicron ainsi que son apparente plus grande contagiosité ont frappé une opinion publique internationale déjà lourdement abreuvée de messages les uns plus alarmants que les autres depuis le début de l’épidémie. Et ce, alors que plusieurs médecins et spécialistes sud-africains du Covid sont même allés jusqu’à préciser que ce nombre très élevé de mutations affaiblirait le virus en le déstabilisant, le rendant peut être moins dangereux.

Le ministre de la Santé, le docteur Joe Phaahla, va envoyer une lettre à l'OMS pour crier la colère des Sud-Africains devant l’arbitraire de ces mesures. « Le genre de réaction instinctive, cela n’a vraiment aucun sens », déclare-t-il lors d’un point de presse, ajoutant que les interdictions de voyager violaient les normes et les standards de l’Organisation mondiale de la santé. Le docteur Coetzee précise, à ce sujet, que, pour l’instant, les cas qu'elle a consultés jusqu’ici concernent surtout de jeunes hommes en bonne santé se plaignant seulement de grosses fatigues, ajoutant qu’environ la moitié d’entre eux n’était pas vaccinés. Dans une déclaration faite au Telegraph de Londres, celle-ci précise qu’à son avis, et dans l’état actuel des choses, le monde panique complètement.

Pour sa part, le docteur Barry Schoub, président du Comité de conseil sur le vaccin, déclarait à Sky News que lui aussi jugeait les cas observés jusqu’ici comme étant faibles à modérés, ce qui était, selon lui, un bon signe, même s'il était un peu tôt pour se prononcer sur la vraie dangerosité de Omicron. La correspondante d’Al Jazeera à Johannesburg fait, par ailleurs, état de la colère des opérateurs économiques qui considèrent la fermeture des frontières comme un coup très dur porté à une industrie touristique renaissant tout juste de la longue crise économique qui secoue le pays depuis plusieurs années. Elle cite aussi, à l’appui de ces déclarations, celle du docteur Shabir Madhi, vaccinologue de renom, qui lui a confié « que le pays paie aujourd’hui de façon injuste le fait d’avoir un des meilleurs centres de séquençage du Covid dans le monde. Nous payons aujourd’hui le prix fort pour cette excellence… »

Sur le plan politique, le président sud-africain Cyril Ramaphosa plaide, lui aussi, pour la réouverture des frontières en qualifiant ces mesures d’exagérées. Même son de cloche dans les rues du Cap, où on évoque aussi une panique générale injustifiée répandue par des réseaux sociaux avides de sensationnalisme et de mauvaises nouvelles…

 

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30 novembre 2021

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