L’affaire n’est pas élégante […] en dépit de l’initiateur de la controverse, , et du festival d’Avignon qu’il dirige.

Il est vrai qu’on n’a pas idée d’offrir de telles opportunités au monde de la culture qui est à peu près, globalement entendu, celui de la culture du Monde : de l’abstraction et de l’élitisme avec des rêves constants de résistance comme si la France était naturellement en péril à chaque élection, même municipale.

Au lieu de résister dans le vide, sans savoir contre qui et contre quoi, les militants de la culture ont aujourd’hui le FN à se mettre sous l’esprit, sous la détestation. À les lire, à les entendre – même quand ils sont intelligents comme le cinéaste écrivant sur Forbach dans Libération –, notre pays sent déjà la poudre, et des barricades qui banalement restent conceptuelles doivent être dressées. Il y a toujours eu, dans le domaine des idées et de ceux qui par profession théorisent et dissertent, la tentation de se croire en état de siège pour justifier ou frôler une violence sans laquelle on ne serait rien de plus qu’un penseur en chambre.[…]

La conséquence est qu’à force de considérer le FN dans les discours et les propos comme interdit au moment même où l’élection pourtant le promeut, on parle infiniment de lui, politiquement et médiatiquement, et on donne par exemple des épisodes d’Hénin-Beaumont ou de Forbach une image quasiment de bonapartisme triomphant. Ce qui assure au FN une double légitimité : celle du succès démocratique et celle d’un injustifiable opprobre.

Comment un Olivier Py aurait-il pu résister à une telle tentation, même entre les deux tours d’une élection municipale à Avignon où le candidat du FN, énarque, pour certains évidemment égaré, est arrivé légèrement en tête et où il a appelé, pour gagner, au rassemblement contre la gauche ?

Je n’ai connu les réactions d’Olivier Py, qui aurait mieux fait de se taire et d’accomplir sa mission citoyenne d’opposant dans les urnes le 30, qu’au cours de l’émission “On ne va pas se mentir” – que j’aime de plus en plus, et Léa Salamé, qui l’anime, n’y est pas pour rien (i>Télé).

Olivier Py menaçait carrément de délocaliser le festival d’Avignon si le FN l’emportait car à l’évidence il ne se voyait pas débattre avec ce nouveau maire qu’il présumait hermétique à la culture et avec lequel il allait forcément « se compromettre » (Le Monde). Le lendemain, le responsable du festival OFF proclamait au contraire sa volonté de rester mais n’était pas loin de présenter son maintien dans les lieux comme un acte de courage inouï (France Inter).[…]

La présomption d’inculture attachée à ce possible nouveau maire est-elle si fondée, son parcours ne le rendant pas apparemment étranger à ce qui passionne Olivier Py ? Il ne serait peut-être pas si inepte que cela ?[…]

Mais là n’est pas l’essentiel. Il se rapporte à l’incroyable bêtise partisane qui, proférée dans le pire des moments sur le plan tactique, va nécessairement renforcer, coaliser des Avignonnais peut-être indécis, incertains, mais qui vont se mobiliser devant ce qui n’est rien de moins qu’un chantage.

Au-delà du phénoménal impact commercial du festival sur la vie et la prospérité de cette splendide cité, quelle étrange appropriation, par Olivier Py, de ce qui ne lui appartient pas, de ce festival qui, avec Jean Vilar hier et le meilleur d’aujourd’hui, ennoblit la France et ne saurait être arraché par le décret d’un seul à son terreau devenu si naturel que le théâtre, Gérard Philipe, d’autres gloires sont indissociables d’Avignon !

Le conseil d’administration du festival est présidé par Louis Schweitzer, et même si je n’ai jamais surestimé l’audace de ce dernier, j’espère qu’un diktat aussi saugrenu n’aura jamais droit de cité ![…]

Extrait de : Pis que pendre d’Olivier Py !

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