Entretien réalisé par Timothée Macé Dubois.

Cet avocat a compté Bertrand Cantat, Jerôme Kerviel, Dominique de Villepin, Françoise Meyers-Bettencourt et de grands patrons du CAC 40 parmi ses clients. Figure emblématique du barreau parisien dont il était l’un des plus fins techniciens, Olivier Metzner a mis fin à ses jours dans la nuit du 16 au 17 mars, au large de son île. Le magistrat honoraire Philippe Bilger, président de l’Institut de la Parole, analyse son héritage.

Olivier Metzner avait un tempérament assez solitaire. Le connaissiez-vous personnellement ?

Même si je l’ai moins vu ces dernières années, nous avons été très proches dans certaines circonstances. C’était et c’est demeuré un ami, avec toujours la réserve et les limites que sa personnalité induisait. En effet, si j’avais l’impression qu’il était extrêmement chaleureux avec moi, je devinais toutefois que c’était un être qui avait des degrés dans l’amitié. Je n’ai pas la prétention de croire que j’appartenais au cercle le plus intime de ses amis, mais notre relation était très forte et très intense.

Quel est son apport le plus important au barreau ?

C’est évidemment la maîtrise absolue de la procédure pénale, et plus globalement l’exemple qu’il a donné au barreau parisien en montrant à quel point, pour réussir, il est fondamental d’avoir une parfaite organisation de son cabinet. J’ai toujours été frappé par sa démarche professionnelle : pour prendre un exemple dérisoire, c’était l’un des seuls avocats dont j’étais sûr qu’il me rappellerait le plus vite possible lorsque je lui téléphonais. C’est un détail, mais cela m’a toujours frappé.

Aujourd’hui les médias mettent en évidence le fait qu’il n’aurait pas été un très bon plaideur. C’est à nuancer : il n’avait pas une parole classique. Car si le talent pour la parole est l’art de se faire entendre, il est évident qu’il avait une manière tellement spécifique de scander ses propos à l’audience et de les couper par des silences, qu’en définitive on l’écoutait beaucoup plus que des gens qui disposent d’une éloquence naturelle.

Du fait de ses conflits avec d’autres avocats, Maître Metzner semblait esseulé au barreau de Paris…

Les êtres singuliers sont jalousés. Olivier Metzner avait une réussite exceptionnelle, et ce tempérament le portait probablement à une forme de solitude. Il était trop lucide sur la nature du barreau parisien, et cette clairvoyance a conduit à une certaine forme de cruauté de sa part. Or il faut distinguer l’homme intime de l’avocat et ne pas faire de lui quelqu’un de violent et de vindicatif. Il a eu des conflits légitimes et nécessaires avec des confrères qui étaient tout sauf des agneaux. On ne le lui a pas pardonné.

A-t-il finalement privilégié son travail au détriment de sa vie personnelle ?

Il a toujours clamé que son métier était sa passion presque exclusive ; c’est un être qui travaillait énormément. Dans l’arbitrage à opérer entre le bonheur de la vie personnelle et le travail, ce dernier a eu le dernier mot. Sa réussite a été construite sur l’effort et sur la volonté. Il n’était pas pourvu d’une infinité de dons, mais il a construit sa vie professionnelle comme une œuvre de volonté, d’exemplarité et en définitive de totale réussite, si l’on exclut les détresses intimes et cette difficulté d’être dont personne n’a été témoin. Cela reste un mystère qu’un homme comme lui ait franchi le pas fatal.

19 mars 2013

Partager

À lire aussi

Olivier Duhamel : il paraît que « tous savaient ». Et, donc ?

Je suppose que les jumeaux Camille et Victor ne criaient pas sur les toits, la première ce…