Obama : certains l’appellent par dérision le prix Nobel de la guerre. C’est exagéré : il a, certes, appuyé sur le bouton sans lequel les guerres de et de Syrie — et peut-être du Yémen — n’auraient pas eu lieu. Mais il a refusé de céder aux pressions d’une partie de son gouvernement et de ses alliés (la France de Hollande, et Fabius en première ligne) qui voulaient bombarder la Syrie sans mandat de l’ONU en août 2013 à la suite de l’attaque chimique de la Ghouta (banlieue de Damas). S’il avait, là aussi, appuyé sur le bouton, les Russes auraient riposté et on ne sait jusqu’où serait allée l’escalade. On peut supposer qu’il savait avant tout que ces attaques étaient une provocation destinée à mettre en cause Assad et non l’œuvre d’Assad elle-même…

De même, le traité avec l’ de juillet 2015 est à mettre à son actif, tout comme la reprise des relations avec .

Sa fin de mandat est, en revanche, moins bien inspirée : la décision d’expulser 35 diplomates russes (une décision lourde s’agissant des deux “grands”), prétendument en représailles d’une interférence numérique de la Russie dans la campagne présidentielle américaine, peut être jugée parfaitement rocambolesque.

D’abord parce que les preuves présentées sont minces. Le principal grief — avoir fait circuler des courriels de — demeure mal établi, et à supposer qu’il le soit, ces courriels n’auraient pas porté préjudice à l’intéressée si elle avait été claire !

Et en admettant que tout cela ait été vrai, il n’est pas d’usage que la guerre de l’ombre qui se livre depuis toujours entre grandes puissances soit portée à la lumière. À ce jeu, celui qui perd ne le dit pas. Surtout que les Américains n’ont, en la matière, de leçons de morale à donner à personne.

À ce grief principal s’en ajoutent d’autres assez confus : tracasseries aux diplomates américains en poste à Moscou, tentative de perturber le système de régulation électrique de l’État du Vermont, victime, dit-on, d’un virus d’origine russe.

Non, vraiment, Obama se ridiculise. Non seulement cela sent son mauvais perdant (du côté du clan Obama-Clinton) mais, pire, le président, en agissant ainsi, met la paix en danger : les trois semaines de mandat qui lui restent suffiraient à déclencher une nouvelle escalade dans la mesure où il a derrière lui de grandes administrations : le département d’État, le Pentagone, la CIA encore tenues par des faucons qui ne demandent qu’à en découdre avec la Russie.

À la déception de l’élection de que ces gens-là vomissaient et qui annonce une ligne différente s’est ajoutée celle de la victoire, à Alep, de l’ syrienne soutenue par les Russes, sur les djihadistes soutenus par l’OTAN.

Or, voilà bien la vraie raison de cette agressivité de fin de mandat : l’immense déception de ces forces qu’incarnait Hillary Clinton devant ce que l’ambassadeur de France à Washington, si piètre diplomate, a appelé la “fin d’un monde”. La fin non de la puissance américaine mais celle de l’idéologie néoconservatrice au nom de laquelle les Américains se sont sentis investis du droit d’intervenir partout sur la planète pour y faire régner le bien, causant les dégâts que l’on sait. L’amertume est telle, chez ces gens qui, le 20 janvier, date de la prise de fonctions de Trump, ne seront plus rien, que certains sont sans doute prêts à tout.

En ne réagissant pas à cette provocation de dernière minute, s’est montré le plus sage.

4 janvier 2017

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