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Discours - Editoriaux - 2 octobre 2015

Obama et Hollande les sunnites contre Poutine le chiite : des équilibres, etc.

Il faudrait défendre la Syrie. Se séparer d’Assad. Non : soutenir Assad. Au nom du « bien », du « monde meilleur ». Les rebelles sont des islamistes. Daech, alias ISIS, alias l’État islamique, telle est la vraie menace. Obama a raison. Obama a tort. Hollande ! Ah, Hollande ! Oh ! Et patati et patata.

Au fond, Assad n’est pas tendre. Certes. Kadhafi ne l’était pas non plus. Mais s’il tombe, ce pourrait fort probablement être pire. Pire de pire.

Comme pour tous les sujets, les « printemps arabes » ont immédiatement été saisis par les caméras occidentales : ce qui nous intéresse, nous autres Occidentaux, ce sont les images.

Pas les récits, pas les moralités. Les images.

Le XXIe siècle, je le déclare, c’est le siècle de l’œil ! Le seul de nos cinq sens qui vaille la chandelle ! La raison, celle du Moyen Âge : terminée. Les oreilles, celles du XVIIIe siècle : bouchées. Notre siècle est comme ça : exclusif, monopolistique. Il n’y a que l’œil qui compte désormais ; la seule limite avec l’œil, elle est bien connue, c’est la goutte, les terribles eaux lacrymales. Défense de faire pleurer sous peine de voir les choses barder sérieusement. « Nous voulons des images. Faites-nous briller l’œil » : ce pourrait être un slogan de campagne présidentielle.

Mais revenons au monde musulman et à sa grande division : on le sait tous, les (régimes) sunnites détestent les (régimes) chiites. Il n’y a que les juifs qui les réconcilient dans une haine commune (voyez comme la question « palestinienne » et « l’horrible Israël » rabibochent tout le monde pour la photo de famille). Il faudrait penser à en prendre acte. À en tirer les conséquences.

Eh bien ! Ne voyez-vous pas qu’en Syrie, la même chose se déroule sous nos yeux ? Assad est alaouite (donc proche des chiites). Daech est sunnite. Assad est soutenu par Poutine, mais combattu par Obama et Hollande. Enfin, quand on dit « combattu », c’est un bien grand mot. C’est d’un grand raffut qu’il s’agit en réalité ; d’une interminable somme de discours. Les vrais activistes de la lutte anti-Bachar, ce sont les Saoudiens, les Qataris et le toutim local sunnite. Sponsors officieux. Bellicistes du robinet à pétrole.

Puisque ce qui se joue en Syrie, c’est la reprise du leadership du monde musulman (c’est comme ça qu’il faut le dire). Ce fut naguère l’Égypte (sunnite). L’Iran du Shah fut même un prétendant (chiite) des plus sérieux. Il y eut, autrefois, un équilibre entre sunnites et chiites, toutes choses mises en mesure.

Les cartes ont été rebattues. Beaucoup de monde veut désormais la peau d’Assad pour une reprise en main sunnite de la région. Si bien qu’il y a fort à parier qu’au moment où nous écrivons, Bachar el-Assad passe sa vie au téléphone entre Moscou et Téhéran, tout en rêvant de couper la ligne entre Paris, Washington et Riyad.

Oh, personne n’a raison, personne n’a tort. Personne ne sait comment les choses se termineront. On peut simplement se demander si les sunnites n’auraient pas mieux fait, à la fin, d’obtenir un soutien russe.

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