Obama entre en campagne

Il a hâte d’entrer en campagne, dit-il le 9 juin, en sa narquoise déclaration de soutien à Hillary Clinton. Soutien qui ressemble à une prise d’otage car Hillary, de facto sous tutelle, est harcelée des agaceries du FBI sur un sujet tenace : la suspicion de trafic d’influence et de corruption dans sa relation, en tant que secrétaire d’État, avec la fondation Clinton.

Sanders, lui, s’est fait flouer le 7 juin en Californie, bien que jugé favori après l’inscription record sur les listes électorales de 2,3 millions de jeunes. Mais la machine Clinton veillait : avec son piège mis en place le 5 juin à Porto Rico. Selon l’équipe Sanders, le parti aurait bourré les urnes avec les voix de milliers de prisonniers, cependant que le vote des « mauvais » électeurs se serait fait brider par toutes sortes de manœuvres : purge des listes, fermeture de l’accès des bureaux de vote par « erreur » ou « manque d’effectifs ».

Résultat : Clinton accumule beaucoup de délégués à Porto Rico. Le lendemain, veille du scrutin californien, surprise : l’Associated Press proclame Clinton victorieuse des primaires 2016, ajoutant ses délégués cumulés aux « super délégués » qui ne voteront pourtant qu’en juillet. Battage médiatique qui s’ensuit, et noie les protestations d’un Sanders qui avait tout misé sur les résultats californiens pour faire basculer les super délégués en sa faveur. Peine perdue : le 7 juin, démoralisés par ce fait accompli, les jeunes inscrits comme beaucoup d’autres de ses supporters n’ont pas voté.

Trump, s’il est toujours en lice en novembre, fera bien de s’en souvenir : on ne gagne pas sans appareil politique.

Et sans argent non plus. Clinton, directement et indirectement, va disposer de plus de 2 milliards de dollars pour atomiser la campagne Trump. Lequel commence à péniblement lever du financement auprès de donateurs agacés par son manque de focalisation, sa naïveté : bien qu’empêtrée dans ses primaires, Hillary Clinton a ainsi pu le mettre sur la défensive pendant cinq semaines alors qu’il était parti pour caracoler en tête, l’empêchant de marquer de précieux points dans les États-pivots industriels, ou de pousser sa “National Diversity Coalition for Trump”, qui a une bonne équipe et un mandat crucial : quelques points de plus dans les minorités ethniques et c’est gagné. Au contraire, Hillary l’a campé comme un malade mental, faisant craquer son édifice récemment assemblé avec l’appareil républicain, tout en lançant en parallèle un PAC, Republicans for Hillary 2016 ! Bref, une pro, qui va tenter de faire basculer tous les États traditionnellement républicains à forte composante latino.

Une pro qui compte sur Obama pour lui rallier les voix des « jeunes » Noirs, Blancs, ou hispanophones, et sur la sénatrice Elizabeth Warren pour rallier les suffrages de l’intelligentsia blanche « clintophobique ». Du travail d’équipe. Obama, angoissé par Trump, mettra le paquet, quitte à remplacer Hillary par le vice-président Joe Biden si nécessaire.

Quant à Trump, carton jaune : ses sondages ont baissé de 6 points depuis ses récents cafouillages. Il avait brillamment réussi à rassembler 13 millions d’électeurs républicains, il lui reste à en trouver 60 millions de plus pour gagner l’élection générale : 22 semaines de concentration devant lui…

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