Obama au Vietnam, tiens donc !

Donc, Obama va faire du Vietnam l’Ukraine de la Chine… si Hillary Clinton est élue en novembre.

Le marchand de perception est allé faire son tour dans ce pays de 90 millions d’habitants qui connaît un taux de croissance de 6 % depuis le lancement de son programme Đổi mới (économie de marché socialiste) en 1986. Comme d’habitude, le président a prêché les valeurs universelles. Il s’est même excusé au nom de l’Occident de la révolution industrielle passée, précisant qu’il n’est pas juste de dire aux pays en développement de ralentir leur croissance “du fait des changements climatiques”. Mais l’essentiel était de lever l’embargo sur les ventes d’armes à Hanoï. C’est fait.

Le Vietnam a pour premier client les États-Unis (20 %), suivi de la Chine (12 %) et du Japon (10 %), puis, plus loin, de la Corée du Sud, de Hong Kong et de l’Inde. Il offre une combinaison de produits électroniques, textiles, et de matières premières (dont le pétrole brut). Son premier fournisseur est la Chine (30 %), suivi de la Corée du Sud (16 %), de Taïwan (7 %) et, plus loin, la Thaïlande et Singapour. Les États-Unis sont quasi inexistants dans la liste. Hanoï achète surtout des machines, plastiques et produits dérivés du pétrole, ainsi que les produits de base nécessaires à son industrie du vêtement et de la chaussure. Et son premier fournisseur d’armes reste la Russie, qui a bénéficié d’une croissance des achats vietnamiens de 699 %, entre 2011 et 2015 (Libération, 24 mai 2016).

La machine des confrontations est en marche, avec une Eurasie (Russie et Chine) qui s’organise pour renforcer son indépendance continentale tout en gelant sa périphérie, en contrôlant carburants fossiles, détroits et circulation maritime de proximité.

La stratégie américaine reste celle de madame Clinton lorsqu’elle était en stage au secrétariat d’État: le BRICS a un coup dans l’aile depuis le putsch qui a sorti madame Rousseff, la Russie résiste pour l’instant à son américanisation, attendant tranquillement le « Maïdan de Kaliningrad », cependant que la Chine a lancé une vaste opération préemptive en mer de Chine méridionale portant sur la viabilisation économique et militaire de plusieurs îlots « bien placés ». Parmi eux, les îlots Spratly et Woody (Paracels), devenus « Crimée chinoise », et revendiqués par le Vietnam.

La mer de Chine méridionale comprend d’importantes réserves pétrolières (11 milliards de barils) et gazières (190.000 milliards de m3), et représente un flux de circulation commerciale maritime de 5.300 milliards de dollars (source : Council on Foreign Relations). Pourquoi pas un petit changement de régime au Vietnam, alimenté par les délices financiers et culturels du « Partenariat Transpacifique » ? Ce serait de rigueur en vue de gêner Chine et Russie.

Mais il y a un hic de taille : Donald Trump. Lequel, le 24 mai, dans son discours d’Albuquerque (Nouveau-Mexique), a relancé vigoureusement son axe “America First” de politique commerciale et étrangère. Comme le disait le même Jour Bruce Alpert sur La Voix de l’Amérique : “Bonne ou mauvaise, la relation entre le Vietnam et les États-Unis sera décidée par le prochain président.” Et de citer Simon Tay, responsable du Singapore Institute of International Affairs : “Hillary a joué un rôle majeur dans le pivot asiatique… Si c’est une présidence Trump, alors tous les paris sont ouverts !”

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