Culture - Editoriaux - Histoire - Le débat - Radio - Société - 29 septembre 2016

Nuit debout contre Veilleurs : deux agoras mais pas de débats !

Le camp du bien n’a pas besoin de se justifier ni de débattre, ni même de se défendre contre les accusations qu’on pourrait porter contre lui. Il lui suffit d’affirmer qu’il est le camp du bien et que celui qui n’abonde pas dans son sens est un fasciste, ou tout autre avatar moderne de cette peste brune : homophobe, islamophobe, etc. Point n’est besoin de discuter avec un fasciste. Ainsi pourraient être succinctement résumées les interventions du Dr. Manuel Cervera-Marzal, venu débattre à l’invitation d’Alain Finkielkraut sur les ondes de France Culture. Le titre de l’émission était « La nuit nous appartient : Nuit debout et les Veilleurs » et l’autre débatteur invité était Axel Rokvam, l’un des fondateurs des Veilleurs.

Pas plus qu’en juin, lorsque Nuit debout expulsait violemment les Veilleurs, le débat n’a pu se tenir. Il faut être deux pour discuter. Échanger des invectives contre des arguments, ce n’est qu’une caricature de débat. Pourtant, les deux agoras nocturnes se réclament de la démocratie, mais l’une d’entre elles est sans doute de type « populaire », ce cache-misère du totalitarisme le plus criminel de l’Histoire.

L’audition de ce podcast laisse un goût amer à ceux qui sont soucieux du bien commun et disposent d’un peu de bon sens. Mais j’en tire trois conclusions.

Alain Finkielkraut a fait lecture des orientations proposées par la commission éducation de Nuit debout : priorité au bien-être des élèves, présupposé de l’égalité des capacités de tous, critique de la hiérarchie des savoirs, mise en retrait de l’enseignant, négation de la culture et du devoir de sa transmission, en conclut le philosophe. Bref, le galimatias habituel des idéologues de la rue de Grenelle, la continuation et l’accélération des recettes qui ont conduit le système actuel à sa retentissante débâcle. Comment ne pas soupçonner la tentation sous-jacente de modeler des générations futures d’esclaves qui seraient incapables de se révolter, faute de disposer de ces savoirs et de cette culture ?

Que penser de ceux qui s’affirment sociaux-démocrates mais n’hésitent pas à chercher chez leurs amis marxistes et gauchistes l’appoint des voix qui manquent lors des joutes électorales ? Qu’ils y perdent toute légitimité comme démocrates. Lorsque ceux qui sont tentés par la social-démocratie comprendront qu’un tel pacte est fondamentalement suicidaire, peut-être cesseront-ils de prolonger l’agonie du marxisme qui ne semble perdurer qu’en France.

Se réapproprier une culture trop longtemps délaissée aux périphéries de nos existences ; remettre le bien commun en tête de nos préoccupations et apprendre à parfois arbitrer contre les communautés ; savoir se changer soi-même pour persuader l’autre de se changer lui aussi ; se resituer dans le temps long pour ne pas se perdre dans l’éphémère : les Veilleurs ont encore du travail pour longtemps.

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