Editoriaux - International - Sport - Table - 30 octobre 2017

Nucléaire : l’Allemagne est-elle vraiment le modèle à suivre ?

Prise au lendemain de la catastrophe de Fukushima, la brutale décision d’abandonner la production d’énergie nucléaire s’est révélée plus problématique que prévu pour l’. Au prix de l’électricité en hausse s’ajoutent de médiocres performances environnementales ainsi que de grandes incertitudes sur l’approvisionnement futur.

Jugé courageux, précurseur et même exemplaire à l’époque, le choix du gouvernement allemand d’arrêter son programme nucléaire est aujourd’hui fortement critiqué. Six ans après ce virage stratégique dans le modèle énergétique du pays, deux récentes études dressent un bilan défavorable, voire inquiétant, de cette transition accélérée. En août 2017, l’agence France Stratégie a publié une note d’analyse sur le sujet au titre éloquent : « Transition énergétique allemande : la fin des ambitions ? » Si le rapport de douze pages rappelle l’essor spectaculaire de la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique outre-Rhin (32 % en 2016 contre 6 % en 2000), il met surtout en évidence le surcoût économique et environnemental de cette décision pour l’État et la population.

Selon ses auteurs, le prix de l’électricité aurait plus que doublé entre 2000 et 2013, notamment pour financer le développement des EnR (énergies renouvelables) à hauteur de vingt-cinq milliards d’euros par an pendant vingt ans, soit 300 euros annuels par foyer. Dans le même temps, le pays n’a pas réduit sa consommation de charbon, qui compte encore pour près de 40 % dans son mix électrique. Deux nouvelles centrales viennent, d’ailleurs, d’être mises en service à Moorburg (1,6 GW) et Mannheim (0,9 GW). L’Allemagne reste une des nations les plus polluantes d’, émettant près de deux fois plus de gaz carbonique (C02) par habitant que la France (11,5 Teq contre 6,5 Teq). Et la situation ne s’améliore pas : au premier trimestre 2017, les émissions de C02 ont même augmenté de 1,2 %. Selon France Stratégie, les objectifs climatiques allemands pour 2020 ne seront pas atteints, évaluant entre 33,5 % et 36,5 % la réduction possible des rejets, contre les 40 % initialement prévus.

Dans son rapport sur le premier semestre 2017, le cabinet McKinsey a également sévèrement critiqué le programme énergétique allemand. Sur quinze critères étudiés, seuls quatre emprunteraient la bonne trajectoire. Confirmant que l’objectif de baisse d’émissions de C02 était inatteignable d’ici 2020, l’étude souligne le coût en hausse de l’électricité pour les ménages, le plus élevé d’Europe avec le Danemark (308 euros par MWh, contre 205 euros de moyenne en Europe). Elle s’alarme aussi de la quantité « irréaliste » de lignes de transport d’électricité à construire d’ici 2020 (3.582 km), alors que seuls 66 km ont vu le jour au premier trimestre 2017 sur les 816 km existants. Le nombre de stations hydrauliques devra également être multiplié par 200 pour stocker la production des énergies intermittentes, dont le flux peine à se stabiliser. Mais le retard le plus important semble revenir aux véhicules électriques, dont l’objectif d’un million d’unités a été réaffirmé par la chancelière Angela Merkel en mai 2013. En 2015, ils n’étaient cependant qu’à peine 30.000 en circulation, conséquence de la hausse du prix de l’électricité.

Dans ces deux rapports, le surcoût économique et environnemental est considéré comme un « constat d’échec », laissant craindre le scénario d’une insécurité d’approvisionnement à court terme. Derrière ces conclusions, l’abandon brutal du nucléaire allemand, qui sera total en 2022, paraît donc clairement mis en cause. D’autant qu’en comparaison ‒ et peut-être aussi en conséquence ‒, le système français n’a jamais été aussi compétitif. Grâce à son parc nucléaire fiable, flexible et surtout rentable ‒ chacun des 58 réacteurs rapporte un million d’euros par jour à la collectivité ‒, la France produit l’électricité la plus décarbonée au monde (97 %), mais également parmi les moins chères. Pour autant, l’Hexagone poursuit également sa transition énergétique en accompagnant le développement progressif des EnR. Pour l’instant complémentaires de la production nucléaire dans le mix électrique (20 %), les énergies vertes sont bien parties pour être à l’origine de 32 % de l’électricité produite d’ici 2030, tel que le gouvernement français s’y est engagé dans sa loi du 17 août 2015. Après des simulations sur le système électrique jusqu’en 2030, EDF affirme même que « les capacités de variation du parc nucléaire seront suffisantes pour adapter la puissance à celle des renouvelables et compenser un volume de production d’éolien et de solaire quatre fois plus important dès 2020 ».

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