Ça tangue de plus en plus, à Sciences Po, vaisseau amiral des élites républicaines qui commence à prendre des airs de Radeau de la Méduse. Libération du 11 février : « En marge du mouvement pour la démission de Frédéric Mion, de nombreux étudiants ont pris la parole. […] Autour du mot clef #SciencesPorcs, ils dénoncent les violences sexistes et sexuelles dont ils disent avoir été les victimes partout en France. »

Toujours dans le même quotidien, Aurélie Filippetti, enseignante dans la même école et ayant tenté en vain d’alerter Frédéric Mion sur les agissements d’Olivier Duhamel, l’homme par qui tout a commencé, dénonce : « Dans les milieux de pouvoir, il y a cette double violence du rayonnement du criminel, qui non seulement fait taire sa victime, mais en plus donne des leçons du haut de son prestige. La responsabilité de l’entre-soi est très grande. »

Dans le même temps, un certain Luka, cité par Libération, se rappelle une « soirée très alcoolisée au cours de laquelle son copain de l’époque l’a violé ». « Je ne pouvais pas en parler. […] Cette culture du secret m’a traumatisé. […] On a réussi à montrer qu’être complice de violences sexuelles en les dissimulant n’était plus tolérable. Enfin, Sciences Po va pouvoir devenir une endroit “safe”. Enfin, Sciences Po va pouvoir accueillir la libération de la parole. » Tous les hommes et les femmes de bien ne pourront en être que fort aise.

Seulement voilà, cet auguste établissement peut-il juste se résumer à cela : une sorte d’Outreau sis dans des beaux quartiers de la capitale ? C’est peut-être aller un peu vite en besogne, même si les soixante-huitards de jadis avaient, parfois, tendance à confondre Sorbonne et Camerone. À défaut, le Sciences Po new look s’orienterait plutôt vers la pouponnière ayant vocation à mise sous cloche, à l’abri des mains baladeuses de celles ou ceux qui ont la séduction envahissante.

Quant à la « libération de la parole », elle semble être la véritable grande perdante de l’affaire, à en juger du nombre d’intervenants extérieurs interdits de conférences par ces grands sensibles en cette Olympe du savoir. À croire qu’entendre une « parole » avec laquelle nos très délicat.e.s étudiant.e.s ne seraient pas forcément d’accord aurait vocation à ne pas être très « safe ». Pauvres petits bouchons.

À ce sujet, ces derniers seraient bien inspirés de protéger leurs arrières, sachant que le simple intitulé de #SciencesPorcs pourrait bien leur valoir les foudres d’encore plus écorchés vifs qu’eux : les amis des animaux. Ainsi, l’association PETA (qui nous vient des USA, tel qu’il se doit) vient-elle de lancer une campagne visant à dénoncer « le langage oppressif envers les animaux ». En ligne de mire, des expressions telles que « peau de vache », « taupes » à propos d’espions, « maquereaux » pour les souteneurs et « vipères lubriques » pour les ennemis de la gauche communiste de progrès. Mais attention ! S’en prendre au vocable de « chien d’infidèle » pourrait aussi passer pour de l’islamophobie rampante, tandis que « balance ton porc » serait dégradant pour nos amis les cochons. Plus complexe encore : dire d’une fille qu’elle est « belle comme une gazelle » avec sa « taille de guêpe » et que, percutant au quart de tour, la « poulette » est « fine mouche », ça nous dit quoi ? Dragueur lourd ou séducteur tout en douceur, prêt à emmener sa « biche » au septième ciel ?

Ça nous dit peut-être tout simplement que les justiciers « en peau de lapin » de Sciences Po ne sont pas exactement « malins comme des singes », quitte à employer des « noms d’oiseaux ». Des « buses » ? Oui ; même si, manifestement, nous n’avons pas tout à fait affaire à des « aigles ».

11 février 2021

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