Alors que le nombre de cas positifs au Covid-19 tend à augmenter durablement (+7.071 en 24 heures), les Français semblent s’être accommodés au port du masque quasi systématique et à la distanciation sociale. Pourtant, il ne s’agit pas de tous dans leur intégralité, mais plutôt de catégories sociologiques bien précises : les CSP+ ainsi que ceux qui n’ont pas à emprunter les transports en commun. Et, comme au moment du confinement, il est beaucoup plus aisé de rester enfermé chez soi quand on peut s’exfiltrer d’abord à la campagne ou encore quand on peut tout se faire livrer à domicile. En vérité, c’est en temps de crise que l’on voit le cœur de l’Homme : « creux et plein d’ordures », disait Pascal.

Toujours est-il que le nouvel ordre sanitaire s’impose de façon lancinante et ne dérange presque plus personne, mis à part ceux qui ne veulent pas souscrire au nihilisme moderne, trop moderne : au véganisme, à l’animalisme et à l’écologisme, mais aussi au sexfriendisme (que du sexe et pas d’amour !), voire à l’anti-raoultisme (contre l’hydroxychloroquine), autant d’éléments révélant une recherche obsessionnelle de pureté, idolâtrant également les protocoles et les structures en tout genre. Mais le bât blesse quand le camp d’en face, en l’occurrence des prétendus gilets jaunes (différents de ceux de novembre-décembre 2018) défilent aux côtés d’Extinction Rebellion et du comité La vérité pour Adama [Traoré], en donnant quitus aux thèses complotistes les plus farfelues : illuminati, Soros, etc., et même s’il ne demeure pas moins que des internautes regorgent d’imagination pour, à juste titre, dénoncer le totalitarisme qui germe dans l’ombre du néolibéralisme.

Malgré tout, on assiste tragiquement à la cristallisation de la bipolarisation politique, qui avait débuté ici et là depuis la crise des subprimes de 2007-2008, entre les mondialistes et les souverainistes : entre ceux qui se croient partout chez eux et ceux qui ne veulent que redevenir souverains chez eux, ou à présent entre les « pro-masque » et les « anti-masque », ou in fine entre le bien et le mal… S’est donc bel et bien engagée une bataille rangée entre les premiers et les seconds dans l’espace public, et ce, à l’image des récentes manifestations « populistes » qui se sont déroulées en Allemagne, en Italie et en Australie. Bien qu’en France cette mayonnaise ne prenne pas encore, si ce n’est dans les tribunaux, précisément ceux de et de Lyon, le tout provoquant même l’intervention expresse du Conseil d’État.

En outre, il ne faut pas oublier les éléments de langage de nos médecins-stars comme, par exemple : « Le masque est au Covid ce que le préservatif est au VIH. » Pire encore quand le sel de l’affaire se loge dans la dissociation entre l’obsession du sanitaire et le refus du tout sécuritaire, social y compris : de quoi distinguer respectivement l’absolutisme inhérent à l’écolo-sociétalisme puis la cause nationale associée à du socialisme. Seulement, « pas d’amalgame ! », comme on le dit aujourd’hui, car il ne s’agira jamais de faire le lit du technoscientisme. En attendant, se poursuit subrepticement un long et rigoureux processus de défrancisation, si ce n’est de déchristianisation, là où le visage ne se montre plus comme il est, où le corps est appelé tragiquement à primer sur le cœur. Un monde sans âme, où tout se délite pour le plus fort et pour le rire. Mais derrière son masque quoi qu’il arrive…

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