Armées - Editoriaux - International - 20 février 2014

Nouveau gouvernement au Liban : un Hezbollah affaibli mais qui reste maître du jeu

Après un blocage de plus de dix mois, le Liban a un nouveau gouvernement dit d’union nationale. L’ancien Premier ministre, Najib Mikati (sunnite), avait démissionné l’année dernière, son gouvernement n’ayant pas résisté à l’engagement armé de l’une de ses composantes, le Hezbollah chiite, dans le conflit syrien.

Rappelons que sa nomination en 2011 faisait suite à un coup de force du même Hezbollah qui fit chuter le gouvernement d’union nationale en place afin de le remplacer par un nouveau, monochrome, composé de la coalition dite du 8 mars (chiites, chrétiens pro-syriens dont le général Aoun et de quelques sunnites proches du régime Assad). Il lui suffit pour cela de faire changer de camp, sous la menace, les quelques députés druzes de Walid Joumblatt. La coalition dite du 14 mars (sunnites pro-américains, chrétiens issus de la résistance anti-syrienne dont les Phalanges des Gemayel) devenait ainsi minoritaire.

Notons, au passage, que lorsque cette dernière est majoritaire, elle est obligée (sous la menace des armes du Hezbollah) de former des gouvernements d’union nationale exigés par l’opposition au nom de la “coexistence”. Si elle est minoritaire, c’est la démocratie qui fonctionne à merveille, la majorité gouverne et l’opposition s’oppose.

Mais empêtré dans le bourbier syrien, dans lequel il a décidé de s’engouffrer, le Hezbollah a beaucoup perdu de son prestige et de sa crédibilité en tant que mouvement de résistance contre Israël. Parallèlement, l’enterrement de centaines de ses combattants tombés en Syrie et les voitures piégées qui explosent à quelques mètres de son QG, situé dans un quartier de la banlieue chiite ultra protégé et réputé impénétrable, ont montré sa vulnérabilité ; ses menaces n’impressionnent plus.

En avril 2013, le Premier ministre Mikati se recentre et prend ses distances avec le Hezbollah et ses alliés. Richissime et ancien associé de la famille Assad, mais homme d’affaires averti, il s’était déjà séparé de ses affaires en Syrie depuis le début des révoltes. En désaccord avec la majorité de ses ministres, il finit par démissionner, mettant le Hezbollah dans l’embarras.

Ce dernier avait déjà perdu un allié de taille à la présidence de la République. Après avoir bloqué l’élection présidentielle pendant plusieurs mois en 2008, il avait réussi à faire élire le chef des armées (chrétien nommé sous l’ère syrienne) en étant sûr de sa fidélité en dernier recours. Ce fut un mauvais calcul : lui aussi, depuis la guerre en Syrie, se sent libéré et le voilà qui réclame le désarmement du mouvement chiite et la neutralité du Liban vis-à-vis de tous les conflits régionaux. On frôle le sacrilège.

Par la suite, un nouveau Premier ministre proche du 14 mars fut nommé, mais aucun gouvernement ne vit le jour, chacun se retranchant derrière ses exigences. Le Hezbollah finit par céder sous la pression de ses mentors iraniens soucieux de maintenir la normalisation de leurs relations avec les Américains.

Reste la déclaration ministérielle (la feuille de route du gouvernement) : le Président et le 14 mars voudraient qu’elle proclame la neutralité du Liban ; il en est hors de question pour le Hezbollah, la confiance des députés n’est pas acquise. Quant aux élections présidentielles prévues pour le mois de mai, leur blocage pourrait durer encore plus longtemps que celui du gouvernement qui vient de naître.

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