C’est une chanson devenue virale. Si contagieuse qu’elle se propage partout : à travers toute la France, de gares parisiennes en villes de province et jusqu’à Bruxelles, en Italie et en Espagne, dansée sous forme de flashmob (« foule éclair »), entonnée lors de rassemblements festifs plus ou moins spontanés, jouée par des musiciens de rue ou des chorales improvisées. Samedi dernier, à Angers, à Angoulême, dans un petit village de l’Ardèche, à Saint-Malo et ailleurs, peu d’endroits dans le pays échappent à la contagion. Symptomatique du ras-le-bol d’un peuple qui n’en peut plus de l’enfermement des corps et des esprits et qui aspire à une grande goulée d’air frais. L’occasion de scander des paroles légères et libératrices pour les corps et les âmes :

« Nous on veut continuer à danser encore,/Voir nos pensées enlacer nos corps/Passer nos vies sur une grille d’accord/Nous sommes des oiseaux de passage/Jamais dociles ni vraiment sages/Nous ne faisons pas allégeance/À l’aube en toutes circonstances/Nous venons briser le silence. »

Le peuple français aime cette chanson qui est plébiscitée sur les réseaux sociaux. Ses auteurs, un dénommé HK et son groupe Les Saltimbanks, se disent les premiers « dépassés par l’engouement » et sillonnent la France pour prêcher « l’irrévérence » à l’égard de ce gouvernement coupable « d’absurdité sur ordonnance » de la crise sanitaire « quand le soir à la télé Monsieur le bon roi a parlé ». Des paroles magiques pour moquer ceux qui veulent « confiner notre conscience » et sympathiques, à ceci près que le dénommé HK (Kaddour Hadadi, dans la vraie vie) n’est pas franchement ce qu’on pourrait appeler un musicien issu d’une génération spontanée de la crise Covid et venu de nulle part.

Car cet enfant de l’immigration, né à Roubaix, est un peu le symbole d’un échec français. Né il y a 45 ans, HK est un « artiste engagé » habitué des fêtes de l’Huma pour qui « la politique est devenue le sujet central à la fin des année 90 », selon le journal L’Humanité qui lui consacre pléthore d’articles. Cet ancien électeur de François Hollande se dit berné par la gauche : « Avec la , on s’est fait taper dessus. Avec la gauche, on s’est fait avoir. La seule des ambitions, c’est l’égalité, pas une mise sous tutelle ou une simple compensation. Ils ont laissé prospérer le chaos social. »

Il plaide pour une internationale et une convergence des luttes. Se dit encarté nulle part mais fréquente et accompagne les manifs organisées par le Front de gauche et les syndicats, à la Bastille ou lors de fermetures d’usines. Les militants de Jean-Luc Mélenchon et toute l’ raffolent de son tube « On lâche rien ». Une rengaine reprise dans le film La Vie d’Adèle, LGBT-compatible et primé au festival de Cannes. HK a composé également deux chansons pour le documentaire J’ai marché jusqu’à vous – récits d’une jeunesse exilée qui relate l’itinéraire d’un jeune . Il s’inspire de Brassens, Ferrat et Ferré, et mélange rock, chants kabyle et chaabi, cette mélodie traditionnelle algéroise, pour composer ses musiques.

HK rêve d’une grande fraternité et d’une identité internationale car, selon lui, « l’histoire de l’humanité, c’est celle de la migration des peuples ». Dimanche dernier, il appelait ses fans à rejoindre la marche pour le . Un appel à la convergence, donc, mais pas pour tous.

Certains esprits chagrins se plaignent du manque de respect des gestes barrières lors des rassemblements de rue sur fond de chanson « On veut danser ». Ce à quoi HK répond à juste titre qu’une petite fête de 30 minutes en plein air réunissant quelques milliers de personnes n’est rien comparé aux transports en commun bondés quotidiennement. Curieusement, les paroles de la chanson n’ont pas été prises en flagrant délit de … Peut-être que l’engagement à gauche de son créateur ou à sa médiatisation d’avant Covid a joué là un rôle déterminant…

Mais ne boudons pas notre plaisir : la viralité de cette chanson est une preuve bien vivante d’une survivance, celle de cet esprit de résilience pour des Français que l’on croyait étouffés, confinés, aseptisés, angoissés, tétanisés. Avis aux amateurs de flashmob ou chanteurs populaires – non issus de l’ultra-gauche, par pitié – d’en faire autant !

11 mai 2021

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