Dans la fin de ce chapitre, on voit qu’il peut arriver des choses bizarres au cours d’un dîner de têtes.

*

Au début tout alla bien. Toutes les têtes mangeaient les hors-d’œuvre : fromage de tête, vol-au-vent du chef, cervelle en gelée. Pendant que son mari bavardait avec la langue de vipère, Madame se mettait en quatre pour leurs invités avec l’aide de la bonne Maria :

– Chère tête, vous reprendrez bien du fromage ?

– Et vous les grosses têtes, encore un peu de cervelle ?

– Et vous Monsieur le député, un petit pot de vin après le vol-au-vent ?

Quand ils eurent fini, Madame apporta les couleuvres. Et ce qui est à peine croyable, c’est non seulement qu’ils les avalèrent, mais qu’ils en reprirent tous. Même le député !

Madame regarda Monsieur et elle lui dit tout bas :

– C’est curieux je ne pensais pas avoir invité autant de langues de vipère : il y en a dix de plus que tout à l’heure.

– Tu parles ! Tu as vu celle-là, elle est devenue lubrique !

– Alors passons vite au dessert.

Madame se leva et dit à toutes les têtes :

– Le dessert est servi.

Et là, ça se passa très mal. Chaque tête s’est jetée sur sa voisine et a commencé à lui dévorer son masque. Et que je te bouffe le nez, et que je t’arrache un œil, et que je te déchire l’oreille ! Tous les tombaient un à un, c’était épouvantable ! Le seul qui résistait, c’était le de Fer. Impossible de percer son masque, tout le monde s’y cassait les dents.

– Maintenant que les tombent, dit le Professeur, c’est le moment de faire toute la lumière.

Il alla chercher une bougie et il alluma le de Cire. Alors le Masque de Fer se précipita vers le Masque de Cire et il lui cria :

– Fuyez, Cire, vous allez être démasqué !

Et ils disparurent tous les deux dans la nuit.

Le Maître dit à Madame :

– Quel courage ce Masque de Fer !

– Ouais, en voilà un qui lui doit une fière chandelle !

Pendant ce temps-là les invités continuaient à se dévorer. On s’attaquait aux maquillages, on s’arrachait les perruques, chaque langue de vipère coupait la langue de sa voisine. C’était un véritable carnage !

Toutes les têtes avaient pris le député pour tête de Turc.

– Regarde-le, dit Madame, je crois qu’il n’a plus toute sa tête.

Le Maître regarda la tête du député. Elle avait déjà diminué de moitié ! Et le député sans tête courait partout, et il criait :

– Je veux du liquide ! Je veux du liquide !

Alors le Professeur décida sur un coup de tête de frapper un grand coup et il se leva et cria à tue-tête:
– Garde à vous ! Je ne veux voir qu’une tête !

Et toutes les têtes se sont tues.

Pipo, réfugié sous une table, avait assisté à tout cela sans mot dire. Il pensa que les amis antiracistes du Professeur étaient moins bien élevés que les gens de sa tribu, qui avaient depuis longtemps abandonné le cannibalisme. Mais comme il avait de la reconnaissance et de l’admiration pour son Maître, il passa avec lui la nuit à essayer de recoller les morceaux.

*

Quelles nouvelles expériences amusantes Pipo va-t-il vivre auprès de son Maître ? C’est ce que vous saurez demain en lisant la suite de Pipo le Pygmée sur Boulevard Voltaire.

30 juillet 2016

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