En ce 14 juillet, j’ai eu une pensée fraternelle pour les soldats qui ont défilé, et pour leurs chefs – et encore davantage pour ceux qui sont engagés dans des expéditions lointaines que notre Président espérait brèves. Or, elles s’avèrent à la longue incertaines quant au résultat tant la situation au Mali et en Centrafrique est non seulement confuse mais explosive (comme en ).

Face à de tels adversaires, nos troupes sont engagées là-bas en trop petit nombre et avec des moyens trop peu fiables au milieu de populations divisées, voire opposées.

Nous, les anciens, nous avons connu autrefois des situations difficiles – voire dramatiques – mais, quoique ne disposant déjà que de faibles moyens, (en Indochine au moins) nous avions alors une grande liberté d’action (y compris à l’échelon du lieutenant que j’étais) et nous connaissions le pays où nous avions des alliés sûrs.

J’ai donc pensé fraternellement à nos successeurs, ceux de l’armée de Terre notamment. Je suis fier d’eux et je leur fais confiance pour ce qui concerne leur comportement. J’ai pensé aussi à leurs familles laissées seules, comme toujours, à leurs femmes qui ont dû récemment manifester, elles aussi, pour attirer l’attention sur les défaillances du soutien matériel de leurs soldats en OPEX.

Ceux-ci ont d’ailleurs bien du mérite d’accepter de risquer leur vie au loin alors qu’ils voient les autres services publics français se mettre en , eux dont les minces effectifs sont rabotés un peu plus chaque année, eux dont les véhicules de combat ont 40 ans d’âge, eux dont les semelles de chaussures se décollaient pendant l’assaut de l’Adrar des Ifoghas par 40°C, eux qui ont débarqué en République Centrafricaine sans moustiquaire (ce précieux accessoire anti palu ayant probablement fait l’objet aussi d’économie), eux dont la solde a été irrégulièrement payée pendant des mois, eux qui apprennent que certains de leurs camarades paras en civil viennent de faire l’objet d’agressions dans les rues de Carcassonne par des Français musulmans surexcités par le succès de l’équipe algérienne de football …

A la veille de 1914, nos grands-parents venaient dans l’enthousiasme patriotique « voir et complimenter l’Armée française » en pantalon rouge.
Un siècle après, moi qui l’ai servie pendant quarante ans et fus un moment son chef, j’ai regardé un échantillon de ce qui reste de notre armée de Terre défiler, tout en pensant à ceux qui contribuent à maintenir et à rétablir la paix dans des zones troublées.

A leur égard, avec mes camarades survivants des campagnes d’autrefois, j’ai éprouvé fierté, affection et reconnaissance, tout en ressentant une grande souffrance.

Celle de voir délibérément affaibli et malmené à tous égards cet ex-grand corps qui m’a fait ce que je suis. Je sais qu’il est composé d’hommes et de femmes comme les autres mais je crois cependant qu’il reste un, sinon le, conservatoire des vertus qui manquent tant à la française : discipline, idéal, dévouement, sens de l’autorité conçue comme un service, culte de l’Honneur et de la Patrie.

Ce 14 juillet a été l’occasion de rendre aux anciens qui se sont tant battus, notamment en 1914-1918, y compris ceux que l’on appelait autrefois « les turcos » 2. Au-delà de déclarations négatives sur la folie des hommes et l’inutile boucherie que provoqua la grande guerre, cette a porté surtout l’accent sur l’exemple que nos anciens nous laissent à travers le courage dans la durée des poilus dans les tranchées et celui des femmes à l’arrière, l’union sacrée et le sens du devoir qui régnaient alors.

Je forme des vœux pour que cette Fête nationale ait été aussi l’occasion pour les Français de soutenir moralement notre Armée d’aujourd’hui : elle continue à « bien mériter de la Patrie ».

Notes:

  1. Ancien nom familier des tirailleurs algériens.
  2. Ancien nom familier des tirailleurs algériens.

14 juillet 2014

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