Nos lycéens travaillent-ils vraiment trop ? L’Histoire dit le contraire
Parmi les nombreuses revendications entendues au milieu des scènes de chaos qui secouent actuellement le pays, l’une d’entre elles est revenue souvent dans la bouche de certains lycéens : celle selon laquelle il y aurait trop de cours, trop d’horaires. Ainsi, un jeune manifestant de Savoie explique qu’il manifeste « car on a trop de cours. On ne peut pas faire 8 h-17 h 30 tous les jours. » La séquence a de quoi faire sourire, tant elle donne le sentiment que cette jeunesse est peu préparée au monde professionnel qui l’attend et qu’elle aurait également eu du mal à supporter celui qu’ont connu ses aînés. Avant de se plaindre, ne pourrait-elle pas se pencher sur le rythme scolaire connu par ses parents, ses grands-parents et, plus loin encore, par tous ceux qui ont contribué à bâtir la France moderne, quand aujourd’hui le niveau scolaire ne cesse de chuter ?
Des journées de seize heures
L’histoire des rythmes scolaires est ancienne. L’historien Paul Gerbod rappelle que leur organisation a connu « de multiples remaniements », tout en conservant certaines traditions remontant au haut Moyen Âge. Sous l’Ancien Régime, les élèves des établissements religieux connaissaient déjà des journées structurées par les offices, les fêtes et les congés religieux. Ainsi, au collège parisien de Montaigu en 1501 - un cas exceptionnel mais réel -, les rares élèves ayant accès à l’instruction avaient des journées de seize heures, « depuis le lever, qui a lieu à quatre heures du matin (une première leçon a lieu dès cinq heures), jusqu’au coucher, qui se situe à huit heures en hiver et à neuf heures en été ».
Avec l’école républicaine, le rythme devient beaucoup plus réglementé. L’arrêté du 4 janvier 1894 fixe pour l’enseignement primaire une semaine de 30 heures de classe réparties sur cinq jours, le jeudi restant libre, notamment pour permettre l’instruction religieuse. L’année compte alors 223 jours de classe, soit 1.338 heures d’enseignement annuel, ce qui représente alors beaucoup plus qu’un élève de collège et lycée d’aujourd’hui.
Une lente diminution du temps passé à apprendre
Le mouvement engagé au XXe siècle est celui d’une réduction progressive. Les grandes vacances s’allongent, les jours de classe diminuent et la semaine scolaire se raccourcit. En 1955, des associations de parents d’élèves s’insurgent contre le surmenage qui menace leurs enfants avec leur semaine oscillant entre quarante et soixante heures de travail. La démocratisation de l’accès au secondaire va entraîner une succession de réformes destinées à harmoniser les parcours et à rendre l’enseignement accessible au plus grand nombre. Au fil des décennies, les horaires et l’organisation du travail scolaire vont être profondément remaniés, certaines disciplines voyant leur volume horaire diminuer tandis que le calendrier scolaire accordera une place croissante aux périodes de congés.
Au collège, les élèves suivent aujourd'hui 26 heures d'enseignement obligatoire par semaine, auxquelles peuvent s'ajouter des enseignements facultatifs, la vie de classe et différents dispositifs d'accompagnement. Sur une base de 36 semaines, cela représente environ 972 heures d'enseignement annuelles. On est donc bien loin des 1.338 de la fin du XIXe siècle pour les élèves de primaire. Au lycée général, en première, l'horaire hebdomadaire se situe entre 26 h 30 et 28 heures selon les enseignements de spécialité choisis ; en terminale, il est compris entre 27 et 28 heures. L’amplitude « 8 h-17 h 30 » avancée par le lycéen doit donc être relativisée. Elle représente neuf heures et demie de présence potentielle dans l’établissement, mais pas neuf heures et demie de cours : il faut en retrancher la pause méridienne, les récréations, les éventuelles heures de permanence, et tenir compte du fait que l’emploi du temps varie selon les jours.
Bâtir la France avec des journées autrement plus longues
Le contraste historique est ainsi saisissant. Ceux qui ont construit, cultivé, industrialisé et administré la France ont connu une société où le temps consacré au travail et à l’apprentissage occupait une place considérable. L’école de nos aïeux imposait une discipline et un investissement personnel autrement plus importants, le travail scolaire pouvant représenter plusieurs dizaines d’heures par semaine pour certains collégiens et lycéens.
Aujourd’hui, le constat est autrement plus préoccupant. Publié en septembre 2026, le dernier rapport PISA confirme la dégradation du niveau des élèves français : depuis 2015, la proportion d’élèves en grande difficulté a augmenté de 12 points en mathématiques, de 11 points en compréhension de l’écrit et de 4 points en sciences. À force de vouloir alléger et aménager le temps scolaire, avons-nous gagné en confort ce que nous avons perdu en transmission ? Face à celui qui affirme qu’il serait impossible de supporter « 8 h-17 h 30 », l’Histoire rappelle une évidence souvent oubliée : les générations précédentes n’ont pas bâti la France en comptant chaque heure passée à l’école.






































77 commentaires
S’ils travaillaient, ils ne seraient pas aussi minables au classement PISA!
» En 1894, un écolier avait 1.338 heures de cours par an, contre 972 pour un collégien d’aujourd’hui. « … mais le Certificat d’étude de ces écoliers valait largement le « bac » d’aujourd’hui, et je n’exagère qu’à peine malheureusement, et au regard du dernier classement PISA.
Tout est à revoir de la désorganisation engagée depuis un demi siècle par ces mêmes individus, tant de gauche que de cette « droite molle », qui se sont bien partagé le « gâteau France », dont les quelques miettes qu’il en restent vont être difficiles à reconstituer sans sortir le bâton.
Souffrir, sera la prochaine étape de notre peuple si on veut sortir de ce marasme…
J’avais lu des témoignages d’enseignants qui disaient que le niveau d’un élève de 16 ans actuellement correspondait au niveau d’un élève de 14 ans il y a 55 ans. Si on regarde bien les âges, le bac correspond maintenant à un niveau brevet des collèges, c’est dire comme les lycéens travaillent dur! A force de vouloir s’aligner sur les plus mauvais en classe, d’alléger les programmes donc de mettre en avant la médiocrité, l’éducation nationale se retrouve avec des jeunes sans cerveau qui brûlent ou vandalisent dès qu’ils le peuvent. L’école est devenue une fabrique de monstres!
Les jeunes français ont de moins en moins ‘heures d’enseignement, et une bonne partie des ces heures sont consacrées à essayer, souvent en vain, à faire cesser les désordres. Quel contraste par rapport aux écoles en Asie (Chine, Corée, Japon, Viet Nam) ou même en Afrique. Il n’y a que dans les écoles coraniques qu’ils se calment !