La région Nord-Pas-de-Calais-Picardie est décidément au cœur des débats, à quelques mois des échéances électorales de décembre prochain. Xavier Bertrand est, évidemment, le premier à être parti dans la course. Il n’a pas grand-chose à perdre – ses intentions de vote aux futures primaires des Républicains sont des plus modestes – et tout à gagner en “nationalisant” le scrutin, puisqu’il rêvait d’affronter Marine Le Pen.

Cette dernière, après de longues hésitations, a finalement décidé d’y aller. Son proche entourage était, semble-t-il, fort divisé sur la question. Et, au bout du compte, la présidente du Front national a finalement opté pour la moins mauvaise des solutions. Ne pas briguer cette région, pour elle emblématique, aurait pu signifier qu’elle refusait le combat, ce qui n’est jamais bon en termes d’image et de crédibilité politique. Pourtant, relever le gant pose d’autres problèmes : députée européenne, elle s’apprête à présider le groupe politique qu’elle a eu tant de mal à constituer. Candidate à la prochaine élection présidentielle, cette campagne vient un peu bousculer son emploi du temps. Pis : déjà empêtrée dans les querelles internes à son mouvement, comment expliquer à ses électeurs potentiels qu’elle se consacrera entièrement aux affaires du Nord-Pas-de-Calais-Picardie ?

Elle a fini par trancher : elle sera de la partie. De son côté, a, elle aussi, tranché : elle n’en sera pas. Il y a pourtant péril en la demeure rue de Solférino. Un récent sondage OpinionWay par Le Figaro donne ainsi 32 % à Marine Le Pen, 26 % à Xavier Bertrand et… 18 % à Pierre de Saintignon, le candidat socialiste.

Assez logiquement, les camarades de Martine Aubry la pressent d’entrer dans la danse, ne serait-ce que pour sauver l’honneur dans cette région, l’une des plus grandes de France, et traditionnel bastion du PS. Mais, à la mairie de Lille, Martine fait savoir « qu’elle est bien là où elle est ».

Certains reprochent à Marine Le Pen d’être la fille de son père. La même remarque vaut aussi pour Martine Aubry, fille de Jacques Delors qui refusa, en 1995, de se lancer dans la course présidentielle, alors qu’il pouvait exciper, à l’instar de sa fille, d’une dimension politique nationale et de sondages flatteurs. C’est d’ailleurs là le paradoxe psychologique de Martine Aubry : elle entend incarner la gauche du PS, mais a passé plus de temps à fricoter avec le grand patronat que les sections syndicales. Les 35 heures, même si théorisées par Dominique Strauss-Kahn, c’est sa loi à elle, cadeau fait aux entreprises du CAC 40 et infernal fardeau pour les petites et moyennes entreprises – premier employeur de France, est-il besoin de le rappeler ?

En fait, si l’on y regarde de plus près, cette dame n’aura jamais fait que rouler pour elle. Assise dans son fief lillois, ambiance « Je suis le maître du château ». Ne soutenant jamais personne, et surtout pas ses camarades, elle laisse aller Ségolène Royal en 2007 contre Nicolas Sarkozy, sans jamais rien faire pour la soutenir. Mieux : elle lui vole ensuite le parti, grâce à des tricheries hors normes dans un mouvement qui est pourtant coutumier du fait. Depuis 2012, on ne peut pas dire non plus qu’elle ait déployé des efforts herculéens pour soutenir François Hollande ; elle n’a pas non plus beaucoup transpiré pour défendre les frondeurs socialistes, notera-t-on au passage.

C’est finalement Laurent Gerra qui a le mieux résumé le personnage : « Martine Aubry ? Elle a une tête d’infirmière qui battrait ses malades… » Comme quoi les analyses de certains humoristes valent bien celles des meilleurs commentateurs politiques.

2 juillet 2015

À lire aussi

Dans la famille Duhamel-Pisier-Kouchner, je voudrais la peau du beau-père

C’est la fin d’une époque, celle de l’arrogante bourgeoisie mitterrandienne et, pour une f…