Editoriaux - Sciences - 12 novembre 2015

Non, Paul Valéry, toutes les civilisations ne sont pas mortelles : celle de ma France jamais ne mourra

Nous les Français, nous sommes à l’origine de l’art roman. Nos architectes ont construit des cathédrales jusqu’en Suède et à Chypre. Nous avons affiné et, donc, embelli la renaissance italienne par notre souci du juste milieu, comme en témoignent nos magnifiques châteaux de la Loire. Tout ce qui a été créé lors du Grand Siècle a été copié, d’Aranjuez en Espagne jusqu’à Tsarskoïe Selo en Russie.

Nos philosophes des Lumières ont remis en question la barbarie qui régnait jusque-là sur le monde, et notre Révolution, certes trop belliqueuse, a servi de drapeau pour l’émancipation de nombreuses nations étouffées et brimées. Nous avons eu pendant plusieurs siècles des écrivains, des peintres, des sculpteurs, des compositeurs, des médecins et des scientifiques de renommée mondiale.

Même notre langue a répandu, et sans contrainte, la douceur de sa sonorité dans de multiples autres langues : qui sait, par exemple, qu’il y a de nombreux mots français dans la langue estonienne ? Et qu’il y en a plus de 5.000 dans la langue turque ? Et si les Anglais n’avaient pas la fâcheuse tendance à prononcer nos mots avec du potage dans la bouche, on pourrait sans doute les comprendre ! Et la langue russe ? Et la langue allemande ? Notre âme vit dans l’âme des autres sans que nous le sachions. Bref, nous avons été, plusieurs siècles durant, les géniteurs d’une civilisation extraordinaire, fondée sur les arts et les sciences, non pas sur les armes, mais par le seul phénomène du mimétisme. Même après la folle campagne de Russie, les Russes nous aimaient encore, ne retenant de nous que le raffinement. Notre civilisation a été, au-delà de nos frontières, un débordement de lumière. C’est cela, une vraie civilisation : le bénéfice qu’en ressentent les autres. Nous pouvons être fiers.

Mais aujourd’hui, qu’offons-nous au monde ? Certes, nous avons encore quelques scientifiques couronnés récemment par un prix Nobel. Mais pour le reste… Il ne peut y avoir de civilisation que si le peuple qui en est le porteur connaît la puissance de son originalité, que s’il se sent, dans une exaltation hors du commun, porté par un destin de joie et de création, que s’il est traversé par un sentiment d’unité qui conforte son identité et que si ses dirigeants ont une personnalité telle qu’ils le portent en avant et le soulèvent. Il faut, enfin, que toutes les mains de ce peuple se tiennent les unes les autres et que, de cette communion, jaillisse une énergie sans pareille.

Malheureusement de nos jours, la France a le calme et la morosité grise d’un cimetière. Elle se traîne comme une pauvre petite vieille dans la rue, partie acheter son pain et qui souffre, en revenant, à monter les escaliers de la vie pour atteindre son appartement mal entretenu parce que sa vie n’est plus entretenue. Elle gémit constamment. Elle se regarde et pleure. Elle va même jusqu’à se mutiler sans que personne ne le lui demande. Elle n’a plus l’esprit à se défendre contre les agressions qui la dénaturent. Et elle finit parce que “n’en pouvant plus d’effort et de douleur” 1, jusqu’à les accepter.

Non, Paul Valery, je n’accepte pas ton désespoir quand tu dis, las toi aussi : “Nous autres civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles.” Pas la mienne ! La mienne, elle est éternelle. Quelqu’un de grand l’a dit, il n’y a pas si longtemps. Tu vas voir : les Français, demain, vont redevenir le peuple de l’avant-garde. C’est eux qui vont construire l’humanisme que le monde à genoux attend. Allez ! Debout la France ! Notre “furia francese” va montrer ce dont elle est encore capable.

Notes:

  1. in La Mort et le Bûcheron, seizième fable du Livre I de Jean de La Fontaine.

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