Non, je ne suis pas “Française de papiers” !

Ils les ont créés. Ils ont créé les Omar Mostefaï, Samy Amimour et Foued Mohamed-Aggad, auteurs de l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015. Ils ont créé les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, auteurs des attentats de janvier 2015. Ils ont créé ces jeunes de cité qui, le 8 octobre 2016, ont impunément attaqué nos policiers. Ils ont créé tant d’individus avec un seul point commun : avoir la nationalité française, tout en ayant la France comme immuable ennemie. Ces nouveaux « Français », ceux qui assassinent nos compatriotes et immolent nos policiers, ceux qui vénèrent la charia et exècrent la République, sont pourtant adulés. Car aujourd’hui, pour tous les bien-pensants, pour être français, il est préconisé de poignarder l’identité française. 

Dans cette inlassable guerre contre l’éternelle identité, oser aimer la France pour ce qu’elle est réellement, et non comme ils veulent nous la présenter, n’est plus que l’apanage de quelques cœurs vaillants, cet acte d’amour étant qualifié par les captieux pourfendeurs de “rance rébellion”.

Si je les avais écoutés, sans doute serais-je à ce jour une de ces nombreuses personnes dont la nationalité fraîchement acquise est dissociée de leur cœur ailleurs ancré, une de ces nombreuses personnes que l’on peut qualifier par l’oxymore doux-amer de « Français de papiers » – ceux-là mêmes qui voient dans la plus inégalable des grâces la plus banale des formalités. Mais je ne les ai pas écoutés. Ne pas écouter passivement les artificieux élans sortant de leurs folles bouches, mais laisser la France me parler, me transporter jusqu’aux tréfonds de son âme, cette âme que tant de Français ont su défendre avec ferveur, à travers les âges.

C’est donc à travers les personnages illustres tissant son Histoire immémoriale que la France me racontait ses plus grandes batailles : ses plus insoutenables peines, mais aussi ses plus belles victoires. C’est donc à travers les innombrables auteurs et poètes ayant su faire d’elle, à travers les siècles, le vivier d’une incroyable et riche littérature que j’ai appris à découvrir la beauté de sa langue, laquelle nous est trop souvent tue, au profit d’ignominies linguistiques que l’on nomme « évolutions ». Il ne faut pas oublier le passé qui, avec le présent et le futur, contribue indéniablement à tisser cette fabuleuse toile d’éternité qu’est l’histoire française, qu’est l’âme française. Oui, j’invoque l’éternité, car s’il est une certitude qui m’habite, la voici : la France est éternelle.

Cette éternité m’a été à offerte un jour de septembre, en 2010, lorsque j’ai été naturalisée. Si l’on n’a guère compris que la France est éternelle, que la France est une unité transcendantale, que la France a une âme qui ne se vend pas, on ne peut – je crois – décemment être français.

De ce fait, on me demande parfois la nature de mes liens avec mon « pays d’origine ». Le plus souvent, il s’agit de personnes originaires du même pays que moi et qui, hélas, à mes yeux, sont les prototypes mêmes de ce que j’appelle des « Français de papiers ». Appartenant à la famille royale de ce pays lointain, ma traîtrise est à leurs yeux encore plus grave, plus insoutenable. À toutes ces allégations, je répondrai ceci : qui n’a donc pas de l’affection pour le pays de ses ancêtres, le pays qui l’a vu naître ? Néanmoins, si cette affection est bien réelle, il est une affection encore plus grande : « l’amour ». Cet amour ne peut être consacré qu’à une seule personne dans sa vie, comme il ne peut être consacré qu’à un seul pays : cet amour est réservé à la patrie.

La seule patrie possible lorsque l’on a été naturalisé, c’est la France. Je suis Française : cette “rance rébellion” est mon acte de foi.