Editoriaux - Politique - Société - 5 mai 2015

Non, le sexisme n’est pas un mythe

Dénoncer le sexisme sans tomber dans le piège de la victimisation relève du parcours de la combattante. Les femmes qui en sont les destinataires ne sont ni consentantes ni martyres. Elles sont juste excédées de devoir se coltiner au quotidien des remarques, des attitudes et même des réflexes dont la volonté larvée est d’affirmer une supériorité supposée en minimisant leurs facultés intellectuelles et en les réduisant à leur simple apparence physique.

Une quarantaine de femmes journalistes politiques ont signé, mardi, un manifeste dans Libération pour s’insurger contre les comportements déplacés de certains élus, qui confinent parfois au harcèlement. Regards insistants sur leurs jambes pendant une conférence, mains baladeuses, propositions récurrentes de dîners le week-end, marchandage (une info contre un apéro), petites phrases indécentes : « Vraiment bronzée partout ? », « Ce serait mieux si vous n’aviez rien en dessous ». Voire moqueries insultantes : « Ah mais vous faites le tapin, vous attendez le client ! » Aurait-on l’idée de traiter de gigolo un reporter masculin qui fait le pied de grue à l’Assemblée ? Sans doute pas. Pourquoi ne s’en offusque-t-on pas dès lors que de tels propos s’adressent à une femme ? Parce que ce sont des mécanismes ancrés de longue date dans la tête de quelques-uns. Si une femme politique se permettait ce genre d’écarts avec un homme, elle se verrait probablement qualifier de nympho, de cougar ou de pute.

Quelle femme n’a pas un jour encaissé des sous-entendus dévalorisants, des intonations condescendantes, comme si elle était une adolescente écervelée. Ou bien une familiarité que rien n’explique, des compliments qui dévient dans le scabreux, un sentiment d’être réifiée. Ou, pire, un machisme antédiluvien qui carbure à la muflerie brute de décoffrage et qui traite de cinglées et d’hystériques celles qui ne se soumettent pas à sa tyrannie d’enfant roi.

On se croit mithridatisée mais on ne l’est pas. Refuser ces affronts, revendiquer l’équité ne s’apparente en rien à du militantisme survolté : c’est un simple rééquilibrage. Une femme, qu’elle soit journaliste, secrétaire, médecin, vendeuse, doit pouvoir exercer sa profession sans être rabaissée à l’état d’objet sexuel, que ce soit par le biais de plaisanteries lourdaudes ou d’avances malsaines. Le problème devient inextricable quand il se conjugue à un abus de pouvoir, une domination hiérarchique, qui la décourage de protester de peur de perdre son emploi.

L’image et l’essence du féminisme ont été dénaturées par la médiatisation d’icônes caricaturales : Femen, Chiennes de garde, donneuses de leçons d’extrême gauche et autres péronnelles. Résultat : toute tentative visant à défendre la gent féminine est perçue à tort comme un bras de fer, un choc frontal, une soif de rivalité, alors qu’elle est en réalité un désir de liberté, d’autonomie, de reconnaissance et de maturité, dans une société de plus en plus infantilisante que le savoir-vivre a désertée. Il est aussi des femmes qui interprètent un geste ou une parole sexiste comme une flatterie, un banal rapport de séduction, auxquels elles se laisseront volontiers assujettir. La frontière est parfois ténue. Tout dépend, en définitive, de ce qu’on a envie d’être.

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