Soyons lucides : la a impérativement besoin de faire des économies. Or, elle dépense aujourd’hui 45 milliards d’euros de prestations familiales pour aider les familles. Parmi ces familles, certaines en ont absolument besoin. D’autres peuvent s’en passer. Il est donc parfaitement logique qu’on les « module » pour ces familles plus aisées.

Comment pourrait-on s’opposer à cette logique… dès lors qu’on accepte l’idée que c’est bien l’État qui aide les familles ?

Mais si c’était l’inverse ? Et si ce n’était pas l’État qui aidait les familles mais plutôt les familles qui aidaient l’État ?

Comment cela ? Tout simplement parce que, depuis la guerre, en même temps qu’on a créé les allocations familiales, on a créé les retraites par répartition.

Dans le système de retraites par répartition, les actifs versent des cotisations qui permettent aux personnes âgées de vivre.

Mais pour préparer leur propre retraite, ces cotisations ne servent à rien : elles sont immédiatement reversées aux retraités et dépensées par eux.

Ce qui prépare les retraites des actifs, dans notre système par répartition, c’est le temps et l’argent que ces actifs investissent dans les enfants. Pourquoi ? Parce que ce sont nos enfants qui paieront nos retraites.

En clair, pas d’enfants, pas de retraites futures dans le système de répartition.

Mais alors là, il n’est plus question de l’aide que l’État apporterait généreusement aux familles mais bien de l’inverse ! Chaque année, en élevant des enfants, les familles font un transfert de 295 milliards d’euros au bénéfice de ceux qui n’en élèvent pas.

Que sont ces 295 milliards ? Pour moitié l’argent dépensé pour acheter le beefsteak des enfants et pour l’autre moitié la valorisation du temps que passent les parents – surtout les mères ! – à faire cuire ledit beefsteak.

295 milliards d’euros comparés aux 45 milliards des prestations familiales, il n’y a pas photo.

Il y a d’autant moins « photo » que plus une famille élève d’enfants, plus faible sera sa retraite. En moyenne, une famille qui a élevé 4 enfants aura une retraite inférieure de 30 % à celle d’un couple sans enfants. Et ce seront les enfants de cette famille qui paieront de belles retraites aux couples moins féconds.

Cherchez l’erreur.

Quelles conclusions en tirer ? Qu’il faut changer la façon de penser et de défendre la politique familiale :

– Tant que les défenseurs de la famille continueront à expliquer que 200 € de moins pour une famille aisée, c’est beaucoup, on leur rira au nez.
– Tant qu’ils diront que la politique familiale a pour objet de « compenser le coût de l’enfant », on leur répondra : « Vous n’êtes pas obligés d’en faire ».
– Tant qu’on refusera de faire le lien entre la politique familiale et le financement des retraites, ils seront désarmés.

Il est temps de tirer le bilan de 60 ans de régression de notre politique familiale. On se rappelle que 40 % des économies du Plan Juppé en 1995 étaient faites sur les familles. Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil. De droite ou de gauche, tous les gouvernements font leurs économies sur la politique familiale. Et cela va continuer.

Pour renverser la vapeur, il faut donc se battre intelligemment et convaincre l’opinion publique.

Il faut, pour cela, abandonner l’approche « charitable » de la politique familiale et faire la vérité sur l’aide que les familles apportent à la communauté nationale. De ce constat naîtront les remèdes. Pour en savoir plus, lisez Jacques Bichot.

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