Le fil conducteur des opinions exprimées sous un précédent article intitulé « Avec Dieudonné, la dérision devient une arme de guerre » tient en trois mots : d’expression absolue. Au risque de décevoir certains prompts à crier à la , il faut réaffirmer que la liberté d’expression n’est pas absolue. Y compris sur ce site dont cette même liberté d’expression est une règle fondatrice.

À ceux tout d’abord qui n’ont que cette référence en tête, et quoi qu’on en pense, rappelons la déclaration des droits de 1789 : la liberté est le pouvoir de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui (.4). Puis l’art. 11 plus spécifique à la liberté d’expression : la libre des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Autant dire que même les révolutionnaires (qui savaient ce qu’ils faisaient) ont justement borné cette liberté.

On peut voir les choses autrement, c’est-à-dire sous l’angle du respect de ce que chaque homme porte en lui, de cette humanité constitutive de notre nature que nous partageons a minima. Le pire salopard est un homme, et l’homme le traitera comme tel, même s’il lui dénie apparemment son humanité. Certes, nombreux sont ceux qui contestent la notion même de nature humaine. C’est le drame du relativisme aboutissant au nihilisme. Mais l’immense majorité d’entre nous ne se pose pas ce de question…

La liberté absolue, c’est la loi de la jungle et la négation de toute vie sociale. Chaque acte est borné par des limites infranchissables : sa propre existence, la liberté de l’autre, l’humanité. Pourquoi en irait-il autrement en matière d’expression ? Contrairement à la liberté de penser, celle d’exprimer ses idées ne peut pas être absolue, parce qu’un tel absolu se heurterait immédiatement à autrui. Par définition même : l’expression se conçoit dans une relation ! La question n’a pas lieu d’être pour le navigateur solitaire qui peut bien insulter la terre entière ! Si l’on exprime des idées, c’est pour entrer en relation avec d’autres ; autrui, c’est-à-dire un autre soi qui exige pour lui-même ce qu’il reconnaît à l’autre.

Que diraient les commentateurs de ce site s’il publiait, le jour de l’enterrement de leur fille violée et assassinée, une caricature la montrant sodomisée par un animal ? Proclameraient-ils le droit à la dérision systématique ? Reprocheraient-ils à l’auteur de ces lignes de vouloir instituer la censure ? La dérision peut tuer, pas le ridicule…

Le précédent article dénonçait l’usage systématique de la dérision. Si l’on peut tout tourner en dérision, rien n’est plus respectable. Y compris la considération que vous demandez pour vos idées. Vous-même, d’ailleurs, n’êtes plus respectable si j’exerce une liberté absolue de vous ridiculiser à longueur de pages… Alors un peu de raison. Défendons la liberté d’expression la plus large possible, mais tempérée par les exigences de respect de notre humanité, fixées par une règle commune. Ne tombons pas dans le paradoxe d’en faire une dictature qui la détruira plus sûrement qu’un régime totalitaire en la vidant de sa substance : permettre à l’homme d’exprimer, avec sa raison et son intelligence, les idées nécessaires à sa relation avec autrui. Et, au passage, lisons les articles de ce site jusqu’au bout…

14 janvier 2015

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