Mon amicale injonction s’adresse à . Non pas évidemment à François Hollande, puisque celui-ci a eu le courage et la lucidité de tirer les conséquences de son bilan médiocre. C’est le président du MoDem qui m’importe seul, et ce qu’il prévoit peut-être pour les prochaines semaines.

Vous ne pouvez pas imaginer, mon cher François, à quel point durant ces derniers mois, dans de multiples débats, j’ai dû vous défendre face à des attaques personnelles qui dénigraient l’homme de qualité et le politique honnête que vous êtes. Je l’ai toujours fait avec conviction.

J’apprends que vous refusez de vous rallier à François Fillon et que vous n’adhérez pas à son projet présidentiel. Je ne suis pas surpris.

Vous devez d’abord considérer avec inquiétude ces juppéistes maltraités, avec ironie ces fillonistes de fraîche date. Je crains, cependant, autre chose de votre part qui tient à votre tempérament. Les orgueilleux intelligents aiment trop une forme de solitude et ne détestent pas assez, parfois, une tendance à la dissidence et à la provocation.

L’essentiel qui nous réunit – puisqu’en 2012 j’ai fait le même choix que vous en votant en faveur de François Hollande – est qu’aujourd’hui Nicolas Sarkozy a été rejeté. Pour vous, en 2012, l’abstention aurait été inconcevable et vous n’avez pas à rougir de votre démarche. Ce n’est pas votre faute si François Hollande a mis à bas la validité de soutiens pluralistes qui, absurdement, lui avaient fait confiance.

Mais, pour Nicolas Sarkozy, vous ne devez pas sous-estimer le fait que vous avez été l’un des artisans principaux de sa déconfiture. Vous ne pouvez pas oublier que vous avez dénoncé, durant son mandat, les honteuses et gravissimes transgressions de la morale publique et de l’indépendance judiciaire.

François Fillon a gagné brillamment et Alain Juppé a perdu dignement.

Autant Nicolas Sarkozy sorti victorieux de la primaire aurait justifié de votre part une quatrième candidature – il y avait un gouffre politique et éthique entre lui et vous -, autant elle me semblerait incompréhensible avec François Fillon. Je vois bien tout ce qui, dans son programme, vous déplaît.

Mais votre antagonisme sur le fond, alors que par ailleurs François Fillon commence déjà et naturellement à attiédir son excitante radicalité, ne serait pas de nature à faire admettre par les citoyens une quatrième implication dans la campagne présidentielle.

Cet homme pour lequel vous avez de l’estime a, vous l’admettrez, la tenue et l’allure qui nous ont fait défaut durant presque cinq ans.

Vos divergences sur son projet justifieraient un dialogue de haut niveau, aboutiraient à des aménagements nécessaires et je ne doute pas qu’avec François Fillon, cette approche serait non seulement bienvenue mais utile. Revenir dans le processus présidentiel seulement pour manifester, Nicolas Sarkozy éliminé, que vous n’êtes pas accordé avec tout le programme (qui va continuer à être révisé) de François Fillon, ce serait alors, pour le coup, tomber véritablement dans un narcissisme dangereux pour la démocratie.

Bien sûr, il y a le centrisme, dont vous avez été et demeurez la seule incarnation libre et cohérente. Maire de Pau, toute influence nationale ne vous est pas interdite. Vous avez une voix, une force, une constance, une fidélité. Attention à ne pas laisser se dégrader ce formidable capital en ce qui serait analysé comme une vanité.

Vous qui maîtrisez parfaitement la langue française – sans la moindre vulgarité pour faire “peuple”, et ce n’est pas le moindre motif de mon compagnonnage amical -, vous serez sensible au détournement de ce précepte inspiré par la sagesse populaire. Non plus jamais deux sans trois mais toujours trois sans quatre !

Extrait de : Mon cher François, n’y allez pas !

3 décembre 2016

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