Editoriaux - Justice - Médias - Politique - Presse - Table - 19 février 2017

Non, Christophe Barbier ne fait pas l’apologie du terrorisme

Invité sur BFM TV ce vendredi 17 février pour commenter l’affaire Fillon, Christophe Barbier a proposé une analyse originale : seul un attentat pourrait sauver le soldat Fillon.

“Il faut que l’actualité redonne au débat des points d’accroche pour François Fillon”, déclare-t-il. Et d’ajouter : “De l’actualité régalienne, Trump par exemple, ou bien, espérons que ça n’arrivera pas, des attentats, des situations tragiques, qui d’un seul coup feront disparaître l’affaire Penelope et feront ressortir l’ancien Premier ministre.”

Une affirmation qui n’est pas passée inaperçue sur les réseaux sociaux où certains ont évoqué l’idée d’une pétition pour lui retirer sa carte de presse, voire de le traduire en justice pour “apologie du terrorisme”. Ces belles âmes semblent oublier que dans les pays où l’on réduit les journalistes au silence, on fait de même avec les internautes qui l’ouvrent trop fort.

Certains médias ont aussi tenu à réagir. Valeurs ctuelles a ainsi pointé du doigt un “énorme dérapage”. On s’étonnera qu’un journal prétendu “politiquement incorrect” se prête au jeu des journalistes-inquisiteurs consistant à traquer les hérésies.

Analysons sereinement les propos de Barbier. Il s’est borné à expliquer que l’éventualité d’un attentat sur le sol français serait politiquement profitable à Fillon en faisant passer au second plan ses déboires judiciaires. Cela lui offrirait, en outre, l’occasion d’être vu non plus comme un ripou, mais comme un ancien Premier ministre et un présidentiable. Cynique, certes, mais c’est la stricte vérité : la menace terroriste est aussi un facteur politique.

Hollande en est un exemple probant : comme il était affaibli et extrêmement impopulaire au début de l’année 2015, sa possible démission était ouvertement évoquée dans la presse. C’est suite aux attentats contre Charlie Hebdo qu’il a vu bondir sa cote de popularité, et qu’il est alors apparu comme le père de la nation et le fédérateur.

Même chose aux États-Unis, où Bush a pu rassembler l’Amérique et lui faire avaler la pilule irakienne suite aux attaques du 11 septembre 2001 et où son élection contestée fut vite oubliée. En Russie, les attentats qui ont ensanglanté le pays au début de la présidence Poutine ont permis au nouvel homme fort du Kremlin de se poser en chef de guerre. Sa popularité ne s’est jamais démentie par la suite.

Christophe Barbier s’est, d’ailleurs, justifié le lendemain en déclarant : “L’affirmation est sinistre mais c’est aussi notre rôle de journalistes de prévoir toutes les hypothèses.” En effet, il ne faut pas mélanger l’aspect moral avec la politique. Un acte terroriste – a fortiori en période électorale – est un électrochoc qui bouscule l’ordre établi et amène l’électeur moyen à sortir de sa zone de confort, un mécanisme de défense s’enclenche alors : on cherche refuge derrière le candidat qui nous semble le plus apte à nous protéger.

Peut-être est-ce, justement, le fait d’être mis face à leur réaction enfantine post-attentats qui a provoqué chez certains cette colère contre Barbier. Est-ce sa faute si le peuple voit le Président comme un papa politique ?

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