Tous les 26 septembre, c’est la Journée européenne des langues qui vise à encourager l’apprentissage et la survie des en . Les Français, il est vrai, sont volontiers régionalistes : chaque été, on va se « bretonniser » au Festival interceltique de Lorient, ou se trémousser en occitan du côté de Montségur, ou vocaliser dans le maquis de Porto-Vecchio avec I Muvrini, en s’extasiant devant les petits mouflons corses. Mais de retour à Paris, il ne restera rien de ces amours de qu’aucune journée – fût-elle européenne – ne viendra prolonger, et pour cause…

Plus personne ou presque ne parle de la fameuse Charte européenne des langues régionales ou minoritaires que la n’a toujours pas ratifiée. De Marine à Mélenchon, la et la gauche, à de rares exceptions, s’accordent sans concertation pour s’opposer à la légalisation des langues régionales en France. Même les intellectuels s’y mettent : dans une tribune du Monde, le 17 juillet, Onfray avait dénoncé « les indépendantistes régionaux, qui font de la langue un instrument identitaire, un outil de fermeture sur soi, une machine de guerre anti-universelle, autrement dit un dispositif tribal ».

Recevant le collier de l’Hermine, samedi dernier à Carhaix, la chanteuse Nolwenn Korbell, les larmes aux yeux, a trouvé les mots justes pour répondre au philosophe :

« Je ne m’inscris, ni ne me reconnais dans ces termes belliqueux, agressifs, barbares… Oui, il m’importe de parler breton, d’entendre parler breton, de le lire, de l’écrire, de le chanter, de faire sonner et vivre cette langue aussi longtemps que possible… Ma langue me remue les tripes et le cœur car elle me relie à mes grands-mères, à mes ancêtres, à mes parents, à mon fils, à mes amis, à ma terre… qui par ses noms de villes, de lieux-dits, de rivières, de champs me parlent et me disent leur et me permettent d’y inscrire la mienne. »

Alors, rassurez-vous, braves thuriféraires de la France « une et indivisible », cette charte des langues minoritaires n’a rien d’un texte révolutionnaire – le Conseil de l’Europe ne pose pas de bombes –, il s’agit simplement d’assurer un minimum vital de protection juridique, de reconnaissance et de soutien à leurs langues et cultures régionales que réclament Alsaciens, Basques, Bretons, Catalans, Corses, Flamands et Occitans. La France, en signant la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, appliquerait enfin chez elle ce qu’elle prêche à l’étranger quand elle défend la au Québec ou en Louisiane.

À propos, parler corse, breton ou alsacien n’a jamais empêché quiconque de devenir « d’excellents Français », comme le chantait Maurice Chevalier. N’est-ce pas Napoléon, également, qui disait de ses généraux d’empire baragouinant l’alsacien : « Pourvu qu’ils sabrent français… »

28 septembre 2016

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