On savait que était la plus fantasque des candidats à la primaire de la droite et du centre. On la savait bobo, beaucoup plus à l’aise en plein XIVe arrondissement que, bottes aux pieds, au fin fond de la Sologne. On connaissait la femme du centre gauche égarée au centre droit, la concurrente d’Anne Hidalgo, battue aux élections municipales parce que les Parisiens ont préféré l’original à la copie. On découvre maintenant, dans les colonnes de Famille chrétienne, une NKM catholique. Mais attention ! Catholique moderne, ouverte, tolérante, pas dans le genre confite en dévotion. À vrai dire, on en doutait sans s’en douter…

“[L’enseignement de l’Église] est d’une remarquable cohérence. Comme beaucoup de catholiques français, tout en admirant cette cohérence, je prends certaines libertés. C’est ma façon personnelle de vivre les choses, comme le font d’ailleurs certains prélats… Parce que l’Église de France a toujours eu une petite distance avec les directives papales sur certains sujets. C’est historique.”

Avec ça, beaucoup de gens peuvent se dire catholiques. Et, à la limite, mon arrière-grand-père ayant été membre de la Société théosophique au début du XXe siècle, je pourrais aussi me dire théosophe. Tant que j’y prends ce qui me convient… C’est-à-dire une religion à la carte, une vague spiritualité qui n’implique aucune conviction, aucune cohérence intellectuelle, aucun effort personnel. D’ailleurs, NKM donne la clé de ses propos quelques lignes plus haut : “Quand j’étais secrétaire d’État à l’Écologie, on a fait le Grenelle. […] Il y avait des représentants des religions, notamment ceux du Livre. Ils étaient tombés d’accord sur le fait qu’ils avaient un discours à apporter ; qu’ils avaient des pratiques qui pouvaient venir en écho à une préoccupation écologique. Par exemple, l’idée de  « moments suspendus » dans le calendrier religieux, où l’on évitait la surconsommation, avec le carême, le ramadan, le shabbat. […] je pense qu’il y avait là une part de vérité.”

Ce gloubi-boulga porte un nom : le relativisme. Confirmé par l’intéressée qui, interrogée sur ses principes éthiques, déclare : “Chacun a une échelle de valeurs qui lui est personnelle et cette architecture s’exerce dans un cadre qui doit être collectif.”

Par bonheur pour elle, NKM vit dans une civilisation qui la laisse totalement libre de croire ou de ne pas croire. Elle le doit au christianisme, qui n’est pas une “religion du Livre”, mais la religion de l’Incarnation. Dieu fait homme, le Verbe fait chair et venu habiter parmi nous. Être catholique, ce n’est évidemment pas dérouler un catalogue de prescriptions morales… C’est être capable de dire credo – je crois – et adhérer, par la foi et la raison, à la profession de foi de l’Église. C’est une adhésion libre et personnelle. Mais faire son marché, c’est peut-être chrétien, c’est sûrement être protestant.

Dans notre pays, il n’est plus nécessaire de se dire catholique pour être élu. Que madame Kosciusko-Morizet veuille séduire les catholiques de Famille chrétienne est légitime en pleine campagne électorale. Mais puisqu’elle dit honnêtement qu’elle est en désaccord sur certains points qui, à moins d’être de détail, touchent à la nature même de notre humanité (PMA et GPA, notamment), qu’elle ne s’affuble pas d’une étiquette qui lui va aussi bien qu’un bonnet de nonne à Roselyne Bachelot !

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