Discours - Editoriaux - Politique - 23 août 2014

Elle n’ira pas à La Rochelle

Présidente de Poitou-Charentes jusqu’à sa triomphale rentrée dans le gouvernement de Manuel Valls, ne perd pas de l’œil la région qui fut quelque temps son bastion, puis son refuge et qui pourrait bien être le tremplin de sa candidature à la grande région Aquitaine telle que la réforme territoriale en a dessiné les limites.

C’est ainsi que, dans le cadre de ses fonctions ministérielles, la mère des quatre enfants de François Hollande a fait ces jours derniers un petit tour en Charente-Maritime. Avant-hier vendredi, elle était donc à La Rochelle, mais à la préfecture (ambassade locale de l’État) pour y discuter avec les élus du département d’un projet de centre d’incinération des déchets – du reste très contesté. Dans la soirée, elle honorait de sa présence les Nuits romanes de Saintes où elle disputait la préséance et la parole au maire divers droite élu en mars dernier. Hier matin, enfin, elle visitait à Royan un immeuble expérimental à énergie positive, c’est-à-dire censé produire à grands frais plus d’énergie qu’il n’en consomme.

Tant qu’à faire, n’aurait-il pas été plus rationnel, plus simple et plus économique que Mme le ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie retardât son déplacement de quelques jours de façon à être sur place pour assister à l’ouverture et participer aux débats de l’Université d’été qui marque depuis plusieurs années, à La Rochelle, la rentrée politique du PS ? C’était sans compter avec l’agenda de Mme Royal, qui prévoyait de longue date – joignant l’agréable à l’utile – un voyage officiel à la Martinique d’où elle compte “organiser” le week-end prochain rien de moins que “la transition énergétique des outre-mer”…

Ce n’est donc rien d’autre que le hasard du calendrier qui lui évitera de subir le discours inaugural prononcé par M. Jean-François Fountaine, son ennemi intime, dissident socialiste qu’elle n’a pas pu empêcher, en mars dernier, d’emporter la mairie de La Rochelle. Dans les rues ensoleillées de Fort-de-France, il y a également peu de chances que l’impétueuse compagne de route des socialistes croise les pas d’Olivier Falorni, le socialiste dissident qui, ardemment soutenu par une certaine Valérie Trierweiler, lui souffla en 2012 une circonscription qu’elle estimait lui revenir de droit.

Ainsi la belle Ségolène qui, comme à son habitude, n’en fait qu’à sa tête, prive-t-elle de sa présence une ville traditionnellement rebelle. Les temps ont changé. Richelieu aurait assiégé, bombardé, affamé et réduit la vieille cité huguenote. Madame Royal se contente de la boycotter. La punition n’en est pas moins sévère, les Rochelais auront du mal à s’en remettre.

“Je n’irai pas à Canossa”, proclamait en 1872 un Bismarck engagé dans le Kulturkampf contre l’Église catholique, faisant allusion à l’humiliation de l’empereur Henri IV contraint, en 1077, de se rendre dans cette petite localité d’Émilie pour s’y prosterner devant le souverain pontife, son adversaire. “Je n’irai pas à La Rochelle”, murmure Ségolène Royal. Na !

À lire aussi

Dominique Jamet : “Les Français apprécient chez François Mitterrand la bonne tenue, contrairement à Macron”

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleUn récent sondage place François Mitterrand me…