Discours - Editoriaux - International - Politique - 30 novembre 2014

Nigéria : chronique d’un califat annoncé

Un acte « haineux » et « méprisable ». Les mots du président nigérian Goodluck Jonathan – au risque de faire mentir son prénom – illustrent à merveille l’attentat commis vendredi 28 novembre à Kano, la plus grande ville du Nord du Nigeria.

Chrétiens, écolières, villages trop proches des autorités, mais aussi musulmans qui n’adhèrent pas à leur vision de la Charia deviennent des cibles privilégiées. Le massacre de ce vendredi a en effet eu lieu à la grande mosquée de Kano, quelques minutes après le début de la prière. Deux bombes ont explosé dans sa cour extérieure, puis une troisième dans la rue adjacente. Pour parachever le travail, une quinzaine d’hommes armés a ouvert le feu sur les fidèles avant de s’enfuir. Quatre furent tués par la foule en furie, pleurant ses 270 blessés et 120 morts causés par ce triple attentat. Si celui-ci n’a pas encore été revendiqué, tout porte à croire qu’il s’agit de représailles du mouvement insurrectionnel islamiste Boko Haram envers l’émir de Kano, Mohammed Sanusi III. Deuxième responsable musulman le plus influent du pays, après l’émir de Sokoto, il s’était insurgé contre l’incapacité de l’armée (gangrenée par la corruption) à défendre les populations civiles et avait incité ces dernières à prendre les armes contre le groupe terroriste, la semaine précédant l’attentat. Il était temps qu’un dignitaire musulman s’élève enfin contre ces fanatiques qui ont plus de 13.000 morts à leur actif. Boko Haram n’hésite donc plus à s’attaquer aux musulmans, indistinctement sunnites ou chiites, qui ne partagent pas sa vision rigoriste, sanglante et obscurantiste de l’ ou qui sont suspectés d’être proches du gouvernement.

Cette tuerie qui frappe par son ampleur s’ajoute à la longue liste des exactions du groupe islamiste, qui deviennent quasiment quotidiennes. Mouvance religieuse à l’origine, opposée à toute éducation non musulmane, Boko Haram, signifiant livre (occidental) interdit, est devenu un mouvement terroriste politisé. Elle conjugue à ses attaques une conquête du pays : une vingtaine de villes sont tombées sous son joug et devenues « califat islamique », en triste écho à celui mis en place par Daesh en Irak et Syrie. La flambée de violence, la diversité des attaques et l’expansion territoriale traduisent le passage à un stade supérieur, notamment dû à l’approche des élections présidentielles et législatives, en février prochain. Cette politique de l’islamisation par la terreur commune aux groupuscules terroristes, tous pays confondus, risque malheureusement d’avoir de beaux jours devant elle. La corruption locale, l’inertie des politiques et dignitaires musulmans ajoutées au manque d’aide internationale ne présage en effet rien de bon.

Lors de son discours samedi au sommet de la Francophonie à Dakar, François Hollande a fait un vœu pieux en enjoignant les dirigeants africains à « s’unir contre la barbarie ». Jusqu’à quel degré d’horreur et de conquêtes les laisserons nous parvenir avant d’agir ?

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