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Editoriaux - Politique - Radio - 14 octobre 2015

Quand Nicolas Sarkozy prêche la retenue et la maîtrise

La polémique liée aux propos de Nadine Morano semble enfin terminée. Cette dernière n’est plus la candidate LR pour les régionales en Meurthe-et-Moselle et Valérie Debord a pris sa place. Celle-ci aura-t-elle la simplicité et la chaleur humaine, l’énergie roborative et appréciée de l’autre ? Un pari qui n’est pas sûr d’être gagné, même si l’esprit libre qu’est Bernard Debré pense le contraire.

Cette controverse, malgré l’unanimité apparente de la commission d’investiture LR, projette tout de même une singulière et trouble lumière sur le comportement et la psychologie de .

Il est permis de penser que son influence sur cette instance a été décisive. Il suffit, sur ce point, d’écouter Christian Jacob, qu’on n’imaginait pas aussi obéissant au point d’imputer à Nadine Morano la responsabilité de son exclusion. Comme si la maladresse et la bonne foi de celle-ci imposaient cette extrémité.

Pourquoi, au-delà même des militants de LR dont beaucoup ont été choqués par cette répudiation, éprouve-t-on un malaise, comme si quelque chose d’injuste, d’illégitime s’était produit ?

D’abord la référence à Charles de Gaulle, sauf à la considérer de pure forme de la part de Nadine Morano, a troublé et a largement atténué la réprobation de son propos.

Surtout, cette manière, pour tous les pavillons politiques, d’invoquer les mânes du Général, comme s’il était devenu la propriété de tous les partis alors qu’il les détestait tous, y compris le sien, est apparue contradictoire avec la volonté de renvoyer les citations qu’on lui prêtait dans une France qui n’aurait plus eu aucun rapport avec la nôtre. Alors qu’à bien y réfléchir, c’est précisément leur actualité qu’on aurait dû admettre.

Mais la gêne, j’en suis persuadé, résultait d’autre chose.

Du fait que Nicolas Sarkozy se posait en modérateur et en juge des propos de Nadine Morano même si, président de LR, il en avait statutairement le droit. Mais était-il légitime dans ce rôle ?

Il avait lui-même, en 2012, déjà prononcé le mot “race”. Surtout, durant son quinquennat, il avait multiplié provocations et grossièretés, des plus anodines aux plus graves, en ne s’étant jamais excusé, sauf pour le Fouquet’s et le “Casse-toi, pauvre con” à la toute fin de son mandat, et en ayant de surcroît puisé dans le vivier du FN, pour remonter son retard, bien au-delà de ce que la décence républicaine aurait dû l’autoriser à faire.

Depuis son retour dans la vie publique active – il l’avait exclu lors de sa défaite – et son élection à la tête de LR, on ne peut pas soutenir que son opposition a été de finesse et de dentelle même si, pour ma part, je n’ai pas été choqué par le terme “chienlit” qui n’était pas inadapté à l’état de la France, aux scènes honteuses d’Air France et aux permissions de “sortie sans rentrée”, avec crimes et délits entre-temps !

L’apothéose dans le ridicule a été atteinte quand Nicolas Sarkozy a invité ses troupes et les responsables de son parti à “maîtriser leur langage” quand il aurait dû se souvenir qu’un maître n’est écouté que s’il a donné l’exemple de ce qu’il conseille. Il était si conscient de cet avertissement incongru et décalé, de sa part, qu’il a laissé Brice Hortefeux, par peur de s’énerver trop, tenter de renouer à sa place avec Nadine Morano.

Nicolas Sarkozy prêchant la retenue et la maîtrise, c’est à peu près aussi plausible que si on prenait le pape François pour Benoît XVI, France Inter pour une radio impartiale, pluraliste et sans préjugés ou Alain Juppé pour un excité !

Extrait de : Nicolas Sarkozy, un étrange modérateur…

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