Faut-il parler d’acharnement judiciaire contre Nicolas Sarkozy ? Sans aucun doute si l’on en croit les derniers rebondissements de la rocambolesque affaire « Air Cocaïne ». Rien que l’association, dans un même titre, du titre de l’affaire et du nom de l’ancien Président suffit à produire l’effet escompté : Sarkozy est impliqué dans un trafic de stupéfiants.

20 mars 2013, la police dominicaine a intercepté sur l’aéroport de Punta Cana un Falcon 50 contenant près de 700 kg de cocaïne à son bord. Deux pilotes et deux passagers ont été interpellés et jugés dans ce pays. En raison de leur nationalité française et de la destination de l’avion, une instruction judiciaire a été ouverte à Marseille et confiée au juge Christine Saunier-Ruellan.

En avril 2013, le juge d'instruction marseillais a ordonné une perquisition dans les bureaux de la qui emploie les deux pilotes. Les enquêteurs ont alors découvert des factures au nom de Nicolas Sarkozy. L’ancien Président utilisait, en effet, les services de cette société pour ses voyages à l’étranger, notamment chez ses amis qataris. Comme disent les chasseurs à leur chien, ça sent bon ! Cherche ! Pour un juge d’instruction décoré par François Hollande, une nouvelle affaire Sarkozy est un accélérateur de carrière. Mais comme on ne peut pas décemment soupçonner le Petit Nicolas de trafic de stupéfiant - à moins de le prendre pour l’imbécile qu’il n’est pas -, il fallait trouver autre chose. La trouvaille, c’est le soupçon d’abus de bien sociaux. Sacrément original, entre nous : dès qu’on mêle le nom d’un politicien et l’argent sale, on est sûr de faire les gros titres des médias… On a les combats qu’on peut.

Au lieu de signaler au parquet une possible infraction et solliciter un réquisitoire supplétif pour instruire cette affaire dans l’affaire, le juge a décidé, semble-t-il de son propre chef, de solliciter la communication des factures détaillées des téléphones portables de l’ancien Président et la géolocalisation des mêmes appareils sur une période de plusieurs mois. Le résultat de ces brillantes investigations n’a pas atteint les espérances du magistrat : Nicolas Sarkozy téléphone à sa femme, à sa belle-sœur, à son garde du corps, bref il a des communications téléphoniques d’une grande banalité. On s’en doutait un peu.

Bien entendu, comme d’usage dans ce genre d’affaires, le parquet général a informé la chancellerie de cette enquête. a donc été mise au courant et se retranche derrière la liberté et l’indépendance des juges. Ben voyons ! Personne, en effet, n’imagine un seul instant que le ministre de la Justice ait eu l’idée d’utiliser les informations recueillies contre un adversaire politique. Ce n’est pas son genre.

On peut légitimement déplorer le comportement de Nicolas Sarkozy, sa catastrophique, sa vulgarité et son inculture. Cela n’enlève rien au scandale d’une intrusion dans sa vie privée, d’une instrumentalisation des moyens judiciaires pour nuire, encore et toujours, à un opposant. L’acharnement judiciaire dont il fait l’objet est une honte pour une qui se drape d’autant plus dans la vertu « républicaine » qu’elle devient chaque jour qui passe une sourde dictature. Lorsque les juges s’abaissent à servir la soupe à leurs amis politiques, à exercer une vengeance personnelle à l’encontre d’un personnage qui - certes - ne les a pas ménagés, ils déshonorent leur fonction.

L’office du juge est de rendre la justice. Lorsqu’il revêt la robe, il revêt sa fonction et laisse l’individu au placard. Il n’a pas pour fonction de gouverner mais de juger des infractions. Le gouvernement des juges, qu’il s’agisse des magistrats du siège ou des « sages » du Conseil constitutionnel, est une atteinte au principe de séparation des pouvoirs dont on enseigne toujours les vertus comme fondateur de la société moderne.

Cela en dit long, hélas, sur l’état de déliquescence de nos institutions.

2 novembre 2015

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