Editoriaux - Industrie - International - Politique - Table - 12 février 2016

Nicolas Hulot, ou la déchéance de la rationalité

La semaine dernière, notre président Hollande en pleine réflexion sur le remaniement ministériel, a proposé à Nicolas Hulot le poste de ministre d’État en charge de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie. Notre ancien animateur télé qui n’avait pas hésité à affirmer dans un article pour Le Nouvel Obs du 14/11/15 : « Il faut comprendre que la question du réchauffement climatique n’est pas uniquement un problème environnemental : il est très directement associé aux questions de la sécurité internationale et du terrorisme. » Il ajoutait plus loin : « Regardez la guerre en Syrie : on sait que si elle n’explique pas tout, évidemment, la question climatique y a contribué. » Il aurait donc pu se retrouver à gérer un des ministères les plus importants de notre pays.

En tant que ministre de l’Énergie, il aurait pu exiger la sortie du nucléaire, un des fleurons de notre industrie, et qui nous garantit depuis des années une électricité bon marché. Il aurait pu décider de continuer d’augmenter la taxe carbone sur les produits pétroliers, qui nous a déjà coûté, à nous consommateurs de produits pétroliers, deux milliards de plus en 2015 et quatre milliards de plus en 2016, ou la CSPE (charge de service public d’électricité) que nous payons avec notre facture EDF, afin de subventionner encore un peu plus la production d’énergies renouvelables. Tout cela alors que, comme l’écrivait la fondation iFRAP (think tank dédié à l’analyse des politiques publiques) en novembre 2015, « la moitié des Français disposent d’un revenu inférieur à 1.667 euros par mois et que 8,7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté avec moins de 1.000 euros par mois ». Tout cela pèse aussi sur le revenu des agriculteurs qui n’en peuvent plus et expriment leur détresse bruyamment. Pour eux, il est désormais plus rentable d’avoir des panneaux solaires sur le toit de leurs étables que de vendre le produit de leur travail.

Mais tout cela n’est que secondaire. Car, comme l’ont écrit Sophie Coignard et Romain Gubert dans leur dernier livre “Ça tiendra bien jusqu’en 2017…” (Albin Michel), ce qui compte, c’est être réélu. Après, il faudra encore tenir jusqu’en 2022. Et l’explosion de la dette, la montée du chômage, la baisse du niveau de vie des Français ? Du détail, tout ça ! Il faut avoir les écologistes de son côté et, surtout, éviter que le populaire Hulot ne se pose en concurrent et parvienne à mobiliser tout ceux qui ont quitté le navire. Et puis, après tout, à la fin de ces cinq années, que restera-t-il de l’idéologie en place sinon le mascara de la protection de la planète ?

Nicolas Hulot a eu la sagesse de refuser ce poste, mais notre Président n’a pas eu la sagesse de ne pas le lui proposer. Tous ces faits sont l’évidence d’une déchéance de la rationalité, et depuis les années 80, nos hommes politiques de droite comme de gauche sont devenus experts en ce domaine. Cependant, tous les Français n’en sont plus complètement dupes.

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