Editoriaux - Médias - Polémiques - Radio - 4 décembre 2019

Nicolas Canteloup pousse-t-il la satire trop loin avec Éric Zemmour ?

Canteloup officie sur Europe 1 et TF1. Il s’en prend à tout le monde, homme ou femme politique de gauche, de droite, présentateur sportif, animateur de télévision ou personnalité du show-business. Mais les coups ne sont pas répartis équitablement et les portraits diffèrent suivant l’orientation politique.

M. Macron est, certes, décrit comme cynique, mais l’animateur lui reconnaît de l’habileté, contrairement à son Premier ministre, présenté comme quelqu’un de confus dont on ne comprend jamais les propos. Mme Royal, si elle subit quelques piques, est vue sous un angle plutôt sympathique, alors que son ex-compagnon et ancien chef de l’État est perçu comme un « simplet » (au sens médical du terme). Pour M. Sarkozy, M. Canteloup joue dans le registre escroc et mythomane, mais sans réelle méchanceté, voire avec une certaine tendresse.

Les personnalités qualifiées d’extrême droite, en revanche, ne sont pas ménagées. Jean-Marie Le Pen devient un ancien Waffen-SS aux propos racistes et, pour souligner ce point de vue, on le fait régulièrement lever les deux bras pour esquisser le salut nazi ; sa fille est, selon l’imitateur, une incompétente notoire qui ne sait que sourire quand on lui pose une question complexe.

Mais le malaise est total quand caricature Éric Zemmour. Le célèbre polémiste devient un admirateur inconditionnel de Hitler, qui aurait obtenu le droit de célébrer sa (fausse) idole chaque soir sur CNews. Les chambres à gaz ne sont heureusement pas évoquées, mais transformer en nazi une personnalité de confession juive est problématique, voire choquant.

Les animateurs et les imitateurs sont à l’abri de toutes poursuites judiciaires et c’est sans nul doute une bonne chose, car la satire, même poussée à l’extrême et aux limites du mauvais goût, fait partie de la liberté d’expression. Le délit de blasphème ne doit en aucun cas être réintroduit dans notre législation, on doit à tout prix conserver le droit de se moquer des rites d’une religion, de l’armée ou des hommes politiques. Rien ne doit être sacré. Mais les amuseurs publics ont alors une responsabilité morale énorme sur les épaules : celle d’être impartiaux.

Le public confond souvent les hommes politiques et les marionnettes et les images qui les représentent. M. Raymond Barre aimait à reprendre cette anecdote : une dame lui avait confié qu’elle ne voterait jamais pour lui car il avait chanté « L’Internationale ». M. Barre, fort surpris, lui avait demandé quand il aurait entonné cette complainte révolutionnaire. « Eh bien, vous l’avez fait au “Bêbète Show” » (émission satirique des années 1980-1990), répondit la dame. Cet exemple n’est pas isolé. Quand M. Canteloup attribue à M. Zemmour des opinions nazies, beaucoup parmi ceux qui le regardent s’imaginent que Mein Kampf est réellement célébré tous les soirs sur CNews et que les jours les plus sombres de notre Histoire sont de retour. Or, si M. Zemmour est parfois excessif, si sur quelques points ses opinions sont contestables, pour le connaître personnellement, je peux assurer qu’il est un vrai démocrate et qu’il ne ferait pas de mal à une mouche. Avec M. Canteloup il devient un croque-mitaine dangereux.

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