Editoriaux - International - Internet - Télévision - 23 octobre 2013

Quoi de neuf chez les tsars? Attentats et pogroms en direct

Quoi de neuf, chez les tsars? Le direct télévisé. On peut désormais assister en direct aux attentats désespérés (faut-il être désespéré ou fanatique, et c’est peut-être la même chose, pour se faire sauter dans un autobus et mourir avec les sept autres victimes de la ceinture explosive et sans doute plus… image disponible sur Internet). Idem pour le retour des pogroms (en russe : attaque, ou émeute). Le mot pogrom désigne historiquement des violences anti-juives dans la Russie tsariste.

Les successeurs des juifs (émigrés ou anéantis) sont les Ouzbeks, Kirghizes, Tadjiks, Azerbaïdjanais : ces migrants « non slaves » viennent tenter leur chance à Moscou. Des quartiers les voient se concentrer. Les administrations locales les emploient illégalement à des travaux de nettoyage et prélèvent des pots-de-vin énormes sur les salaires déclarés… Lesquels, envoyés par mandat aux familles restées dans les marges méridionales de la Russie, représentent quand même près de la moitié du PIB de ces régions !

Survient un fait divers, en l’occurrence le meurtre d’un jeune Russe par un « non-slave » (on ne connaît pas les causes du meurtre : dispute, rivalité de bizness ?) et l’émeute se déclenche en direct à la télévision (12 et 13 octobre), avec voitures brûlées, retournées, affrontements. Je suis peut-être vieux jeu, mais je n’arrive pas à croire que tout ça n’est pas un chouïa organisé, ou bien accompagné à tout le moins par les appareils de l’empire poutinien.

La police de cette banlieue-dortoir de Moscou (Biriouliovo) a procédé à 400 interpellations, essentiellement chez les ultra-nationalistes et les supporters de football venus appuyer la fureur des banlieusards « de souche ». Dans Moscou, en même temps, la police arrêtait 1.200 personnes… pendant que la télé diffusait en direct les émeutes ethniques.

Ces événements sont évidemment la preuve tangible du formidable échec des 70 ans du « socialisme soviétique » qui devait faire naître « l’homme nouveau ». La démocratie poutinienne n’en est pas grandie pour autant.

On peut imaginer aussi que ces rivalités interethniques sont le symptôme d’un pays en forte croissance capitaliste, avec concurrence entre prolétariats rivaux. Le « progrès » passerait donc par cette étape, comme naguère aux États Unis où « macaronis » et « polaks », « chinois » et autres migrants s’égorgèrent avant de porter le costard et de saluer ensemble le drapeau américain.

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