Culture - Editoriaux - Histoire - Politique - Tribune - 28 juin 2015

Néo-conservatisme radical contre souverainisme patriotique

En ces temps de confusion et de recompositions politiques, où la gauche est à droite et réciproquement, où les libertaires sont néo-conservateurs et vice versa, on peut remercier M. de l’extraordinaire cohérence de ses textes.

Un des mérites de M. Camus est de nous le rappeler et nous le dire sans barguigner : patriotes et identitaires s’opposent, peut-être comme l’eau et le feu.

« Le combat [de l’UKIP], nous dit-il dans une tribune publiée sur Boulevard Voltaire le 13 mai dernier, me semble l’archétype de l’erreur sur la cible : l’immigration européenne, l’Europe, Bruxelles, etc. […] il en va de même dans toute l’Europe, chaque grande élection le démontre : soit indifférence totale du corps électoral au Grand Remplacement, soit détournement de sa préoccupation vers des leurres (parmi lesquels je range le souverainisme, on l’aura compris). »

M. Camus a raison, le combat des patriotes de France et d’ailleurs n’est pas, je crois, le sien.

À ce titre, rien n’est plus symptomatique que les propos de M. Camus concernant la Russie actuelle, convalescente et à peine relevée de ses ruines – qui, de très loin, pourraient surprendre. M. Camus n’hésite pas, à l’occasion, à rêver tout haut d’une « révolution colorée » en Russie et nous parle souvent, comme beaucoup, de ce mystérieux « Poutine » supposé tout-puissant ; beaucoup moins de l’homme russe, qui ne l’intéresse guère. Quand il nous parle de « l’éternel retour de l’insubmersible despotisme oriental, prévaricateur, arbitraire et volontiers assassin » (Boulevard Voltaire du 14 avril 2015), M. Camus retrouve les accents de Custine.

Le sursaut national de l’Empire des steppes ne suscite à M. Camus aucune sympathie. Il ne manifeste quelque bienveillance (bien ambiguë) qu’envers les noms les plus consacrés, apprivoisés de la culture russe. M. Camus, ne vous donnez pas la peine de nommer Dostoïevski ou Eisenstein, peu ne chaut sans doute au Parnasse à l’écrivain slavophile ou au cinéaste bolchevik l’honneur que vous leur faites d’être à demi européens.

Renaud Camus incarne désormais, semble-t-il, une forme de néo-conservatisme et d’occidentalisme radicaux, rigoureusement contraires à la vision à la fois patriotique et universaliste qui est celle des souverainistes.

Ses textes font apparaître avec force et cohérence cette ligne de partage que l’on tend à oublier. Avec une logique de fer, M. Camus rappelle que la pensée identitaire est européiste. M. Camus défend et souhaite la monnaie unique, une armée européenne. C’est un demi-paradoxe que la logique identitaire aboutit fort implacablement à la dissolution de la nation dans une Europe-puissance, dressée et bardée de fer contre ses voisins par la seule logique du « choc des civilisations ». Le projet patriote vise, tout à l’inverse, à la restauration de la souveraineté de l’État national dans tous les domaines, et au maintien des liens privilégiés avec d’autres nations fondés sur l’Histoire, fussent-elles différentes et non mesurables à la seule aune de l’occidentalité. Avec le souci premier de voir se remettre en place un monde multipolaire.

À cet égard, la restauration nationale que mène péniblement, parfois bruyamment, la Russie et celle que pourrait mener la France ne sont-elles pas liées ?

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