Editoriaux - Internet - Société - 24 mars 2015

N’en déplaise à Gleeden, la loi interdit l’infidélité

À propos de la campagne de pub de Gleeden – vous savez, ce site qui vit du commerce racoleur de l’adultère et qui est attaqué par les associations familiales catholiques ? -, je lis la réaction d’un lecteur de La Croix, journal que l’on ne peut pas soupçonner de jeter le soutien-gorge par-dessus les moulins : « Il n’est pas interdit, en France, de promouvoir l’infidélité conjugale », écrit-il avec une désarmante candeur.

Ce propos me laisse rêveur, moi qui suis passé devant monsieur le maire il y a quelque temps. Ceint de son écharpe tricolore et de son plus grand sérieux, il nous avait regardés, ma fiancée et moi, et, avec la gravité qui sied à l’énoncé d’un engagement de toute une vie, avait lu : « Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours et assistance. » « Fidélité… » Depuis, on y a ajouté le respect. Nous avions été très impressionnés.

Il y a, là, un devoir. Je n’y peux rien, c’est la loi : « Les époux se doivent… »

Oh ! Je sais bien que cela fait rigoler tout le monde, de nos jours ! Les époux fidèles, on va bientôt les mettre au zoo, parmi les espèces en voie de disparition, coincés entre les sphénodons et les cœlacanthes, et ils n’auront de soutien à attendre ni de Greenpeace, ni de nos écolos verdâtres.

Il n’empêche que, pour l’instant, la loi interdit la bagatelle extra-conjugale, contrairement à ce que pense ce lecteur distrait et, avec lui, des millions de gens.

Parce que si, maintenant, il est normal d’enfreindre la loi, conjugale ou pas, et de laisser la pub vanter ces infractions, pourquoi s’énerver contre les cambrioleurs, les fraudeurs fiscaux, les violeurs dans le RER, les malfrats de tout poil. Faisons la pub pour ces gens-là : « Chez Lupin, nous avons le rossignol qui crochète toutes les serrures » ou encore « Eustache, le surin qui égorge plus propre ». Cette philosophie – fermer les yeux sur l’interdit – conduit tout droit aux salles de shoot ! Consommer des stupéfiants est un délit ; le gardien de l’ordre et de la loi – je veux dire le gouvernement – se propose d’ouvrir des salles de shoot. Je flaire la grosse hypocrisie ! Pourquoi pas des salles de viol, pendant qu’on y est, pour adoucir le sort des victimes.

Une société qui n’observe plus les lois qu’elle se donne s’autodétruit. Quis custodiet ipsos custodes « Qui gardera les gardiens ? » se demandait déjà Juvénal. Des gouvernants incapables de faire respecter la loi ou, pire, qui l’enfreignent en sifflotant, devraient être bannis de la cité, comme jadis. Je comprends maintenant pourquoi notre invraisemblable ministricule de la rue de Grenelle, ses œillères bien en place, veut faire disparaître le latin et le grec : c’est par peur que l’on y lise des vérités éternelles, dont celle-ci, que l’on doit à Platon : « On peut facilement pardonner à un enfant d’avoir peur du noir. La vraie tragédie, c’est quand les hommes ont peur de la lumière. »

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