Un dessin illustrait, il y a quelques semaines, le cas de . Un homme devant un lit, où gît un arbre. Le coup de vent : une feuille bouge. L’homme s’écrit : “Il a bougé, il vit !”
 
Supposons que Vincent Lambert ne bouge que par réflexe, comme un tournesol s’oriente vers le soleil. Il ne ressent rien consciemment. A fortiori, il n’a plus de sentiment.  Supposons qu’il ait réellement demandé qu’on le laisse mourir s’il se trouvait dans un tel état. 

Supposons qu’on soit certain qu’il ne souffrirait pas, grâce aux sédatifs, d’être privé d’hydratation jusqu’à la . Il ne ressent rien, il ne ressentira donc rien et sa volonté sera respectée.

Les médecins partisans de l’arrêt des soins nous certifient qu’il n’y a pas lieu de craindre qu’il souffre puisqu’il sera sous sédation. S’il est incapable de ressentir et de souffrir consciemment, il paraît même superflu de lui donner des drogues sédatives.
 
Supposons maintenant que sa volonté ne soit pas respectée. En souffrira-t-il moralement ? Non, puisqu’il ne ressent rien consciemment, n’a plus de réflexion ni de sensation consciente. 

Actuellement, Vincent Lambert respire seul, les soins qui lui sont donnés se bornent à l’alimentation par sonde gastrique et à l’hygiène, et ne sont pas douloureux en eux-mêmes.

S’il est inconscient, quelle que soit la décision, il ne peut plus souffrir consciemment.
 
Mais envisageons maintenant l’autre hypothèse. Ses père et mère affirment qu’il est conscient et ressent des sentiments. Ils affirment qu’il a peur de mourir et se bat pour vivre. Ils affirment qu’il communique avec eux.
 
Supposons alors qu’il soit conscient. Peut-être comme on l’est à la fin d’un rêve lorsque l’on sait que l’on rêve sans arriver à se réveiller. Supposons : Vincent Lambert imagine mais il est aphasique, il ne se souvient plus des mots. Peut-être veut-il s’exprimer sans parvenir à le faire ? Peut-être voit-il et reconnaît-il des êtres, peut-être se souvient-il, éprouve-t-il ? Peut-être comprend-il, en étant incapable de manifester une pensée ?
Impossible de savoir ce qu’il éprouve. Bribes de bien-être, réelle joie de voir sa famille, angoisse, soulagement d’en finir ou… rien… ou… terreur ?
 
Primum non nocere. 

Un être qui apparemment ne souffre pas de sa bribe de vie dans le flou de conscience où elle demeure : pourquoi faudrait-il qu’il meure ?

Plus je tente d’imaginer la situation de Vincent Lambert, moins je comprends la logique de ceux qui demandent sa mort en disant : « Il est impératif de le laisser mourir puisqu’il est inconscient. » Quelle souffrance veulent-ils lui éviter ? Quelle est cette furie de faire mourir ? Elle m’effraie aujourd’hui.

Si Vincent Lambert devait être privé de soins vitaux, il y a bien des êtres qui souffriraient affreusement. Ses parents. Ne serait-ce que par humanité pour ses parents, je pense qu’aucun médecin ne devrait envisager de tuer Vincent Lambert.

Le CHU de vient d’ailleurs de lui accorder un sursis, pour s’en remettre à la décision du ministère de la .

La situation de vulnérabilité extrême de Vincent Lambert pourrait être terrifiante pour lui sans une présence humaine aimante : mais il a ses parents. Dès lors, en l’absence de toute certitude sur sa volonté réelle, si un ministre ou un juge ordonnait une privation de soins vitaux malgré les supplications de ses proches, sa décision ne pourrait avoir d’autre sens que celui ci : certaines vies humaines n’ont pas de valeur et n’ont à en avoir aux yeux de nulle autre personne… 

24 juillet 2015

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