Ils ne sont en rien responsables de notre suicide

Tout s’explique par le choc entre notre histoire agitée et leur histoire figée. Il y a presque 1.000 ans, trois mots seulement – “Dieu le veut !” – ont suffi pour que des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants abandonnent leurs pauvres fermes et partent à pied délivrer le tombeau du Christ. Au XIIe et XIIIe siècles, l’« art français » ou art gothique portera au plus haut l’exaltation de Dieu dans l’élévation de cathédrales. Puis, petit à petit, la foi, jusque-là strictement encadrée, perdra de son intensité, avec l’humanisme d’abord, qui créera le libre arbitre.

Les abus de l’Église seront à l’origine de cette première libération, comme ils seront à l’origine de la seconde, les Lumières et l’essor de la raison. Voltaire dira que “le christianisme est la superstition la plus infâme qui ait jamais abruti les hommes et désolé la terre”. De tels propos ne pouvaient évidemment que contribuer au recul progressif d’une vision du monde appréhendée à travers le prisme de la religion chrétienne.

En proclamant dans son article 10 que “nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses”, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 mettait indifféremment le christianisme à égalité avec les autres religions et soustrayait, de la sorte, avec une indifférence marquée une part, pour ne pas dire la part fondamentale de notre identité. Ce qui sera confirmé plus tard par l’article 1er de la loi de 1905 qui posera que “la République… garantit le libre exercice des cultes”.

Aujourd’hui, notre spiritualité n’est rien d’autre qu’une ruine : il n’y a plus que 8 % de pratiquants et il n’y a plus de vocation pour la prêtrise. Nous sommes embourbés dans le matérialisme et saignés par la dégénérescence provoquée par la seule religion qui vaille : la religion capitaliste. Notre histoire, on le voit, n’a jamais cessé d’avoir la bougeotte et, donc, d’être constamment instable…

Nous avons perdu notre vitalité et nous avons abattu la clôture qui entourait le champ jusque-là immense de notre spiritualité. Notre maison est ainsi devenue une maison de passe spirituelle. Or, face à nous justement, il y a des peuples nombreux dont l’histoire est restée figée parce que leur religion, par sa violence intrinsèque, a empêché toute évolution mais aussi s’est imposée jusque dans les plus petits recoins de la vie quotidienne sur le fondement de principes que nul n’a osé contester. Leur religion a toujours investi le politique. C’est la charia qui s’affirme d’application universelle. Bien sûr, ces peuples ont la télévision, la voiture, le smartphone… mais leur vision du monde est une glaciation. Leur esprit a été et est enraciné dans les plus abyssales profondeurs.

Chaque jour arrivent chez nous des femmes, des hommes et des enfants de ces peuples. Il ne sert à rien de leur reprocher leurs mœurs, de les accuser de vouloir nous imposer leur religion, de vouloir même transformer nos églises en mosquées puisque nous les avons laissées vides (cela, déjà, a été fait à Lille, Nantes, Clermont-Ferrand). Nous sommes les seuls auteurs de notre suicide. Mea culpa, mea maxima culpa ! Nous allons donc continuer de vivre, mais sous une autre forme.

Le suicide ne sera donc pas notre mort mais tout simplement la mort de ce que nous sommes encore. Et ce n’est pas de notre hédonisme que surgira un possible sursaut permettant de dire : “Nous tenons à notre identité, et même à ce qu’il nous en reste ! Alors messieurs, rentrez chez vous maintenant !” À moins que… chez nous, peut-être, notre matérialisme finisse par infuser dans leur âme le poison qui nous a conduits à ce que nous sommes devenus. Cela aurait l’avantage d’éviter le décalage qui existe entre eux et nous et, surtout, d’éviter des affrontements.

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