Je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent plus connaître ; l’école, en ce temps-là, faisait encore son boulot… L’éminent auteur Pierre Gaxotte avait déjà dénoncé que le plus grand fléau de notre monde était d’avoir volontairement changé le sens des mots… Fasciste ? Non, académicien.

Molière doit se retourner dans sa tombe de voir traitée avec si peu de vertu la sémantique au gré des « modes et des mœurs ». Ainsi, ne dites plus un « clandestin », mais bien un « sans-papiers », car la préposition privative est bien plus touchante et a dédramatisé la réalité ; ne dites plus « avortement », mais « interruption volontaire de grossesse ». Interruption ? Oui, vous savez, comme ce mot qui rend elliptique la reprise de l’action par la suite.

Ne vous avisez point de constater un « nain aveugle », mais préférez le groupe nominal « personne de petite taille malvoyante », puisque l’adjectif réducteur suscite tolérance et acceptation de la diversité… Enfin, cela vous évitera surtout une condamnation pour handiphobie.

En classe non plus, nos enfants n’apprendront pas « quantième », pour demander poliment le rang d’un homme ou d’une chose, ni « antépénultième », car il est bien plus moderne de dire « avant-avant-dernier, m’dame ». C’est vrai à la fin, à quoi bon parler un langage qui n’est saisi que par l’emmerdeur dégoulinant de sentiments passéistes de base ?

Exit aussi les diminutifs honteux tels que « pédé(rastes) » et autres synonymes homophobes, priant ainsi éraste et éromène de bien vouloir se rayer eux-mêmes et sans chichi de l’histoire grecque antique, et donc, de l’histoire tout court…

Impossible, alors, de parler de « pilule abortive, RU 480, Norlévo », puisque la nomenclature « pilule du lendemain » nous berce délicieusement dans les souvenirs lubriques… de la veille !

Le monde change, le monde « progresse » et finalement, il n’y a que les fachos réac’ pour ne pas s’en rendre compte. Qu’à cela ne tienne, je resterai une vieille conne acariâtre, réactionnaire et facho pour qui le latin n’est pas mort puisqu’il est l’essence de nos conversations, pour qui le mot « évidemment » reste un adverbe synonyme de « visible » et non pas de « facile » ; qui préfère dire « en revanche » au lieu de « par contre », pour qui le mot mariage sous-entend l’altérité sexuelle.

Oui, je suis une sale donneuse de leçon ringarde, parce que je rectifie tout haut, sans rougir, ces erreurs de grammaire « francophobes » qui font saigner tant d’oreilles, parce que je vomis ce populisme qui enterre délibérément un pan entier de notre humanité pour la seule raison qu’il est gênant.

Si bien qu’un jour, peut-être, relirons-nous cette phrase de Jean Jaurès : « Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots », et nous pleurerons.

27 avril 2013

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