Discours - Editoriaux - Politique - Santé - 13 mai 2018

Natalité, EHPAD : ce Katō qui manque à la France

Le député japonais Kanji Katō, membre du Parti libéral-démocrate au pouvoir, n’y est pas allé avec le dos du chashaku. Certes, il n’a pas poussé le bouchon aussi loin que l’ex-ministre de la Santé Hakuo Yanagisawa qui, en 2007, avait qualifié les femmes de “machines à enfanter”. Mais tout de même, il y a des choses qui ne se font pas. Comme déclarer sans ambages que “lorsqu’il rencontre des jeunes femmes qui n’ont pas l’intention de se marier, il leur dit que, si elles ne se marient pas, elles ne pourront pas avoir d’enfants, et qu’elles finiront dans une maison de retraite payée par les impôts des enfants des autres” (The Guardian). Rappeler à une jeune femme qu’elle va mourir manque un peu de délicatesse ; l’évoquer « bien vieille, au soir, à la chandelle » et dans la solitude n’est pas de la dernière élégance ; mais lui faire la morale en parlant gros sous est d’un franc goujat. Les membres féminins du Parlement, bien entendu, ont aussitôt crié au sexisme.

Sexisme ? Oui si Kanji Katō ne considère pas que les hommes sans enfants qui, eux aussi, “finiront dans une maison de retraite payée par les impôts des enfants des autres”” seront, eux aussi, une charge pour l’État. Mais il précisait bien, dans la même allocution, que “dans ses discours de réceptions de mariage, il encourage toujours l’épouse et l’époux à avoir “au moins trois enfants””. Sans distinction de sexe, donc, n’en déplaise à ces dames. Et ce qu’il dit, il l’a fait : père de six enfants, cet homme de 72 ans n’a pas compté sur ceux des autres pour payer sa maison de retraite ! S’il s’adresse plus particulièrement aux jeunes femmes, c’est sans doute parce que ce sont les mentalités et les comportements féminins qui ont le plus changé. Les femmes semblent de plus en plus réticentes à donner la priorité à la maternité plutôt qu’à leur carrière professionnelle ou leur liberté chérie. Les hommes, eux, c’est bien connu, n’ont généralement jamais fait de la paternité une priorité !

Kanji Katō n’est sans doute pas sexiste mais, comme de nombreux experts, il s’inquiète de l’évolution démographique de son pays. Les chiffres officiels, tombés quelques jours avant son discours, le confirment : la situation est catastrophique. Malgré plusieurs mesures incitatives, le taux de natalité était de 1,4 enfant par femme en 2017 (alors que le seuil de renouvellement des générations est à 2,1), le nombre des naissances le plus bas enregistré depuis 1899, et les enfants ne représentent plus que 12,3 % de la population japonaise.

Pour enrayer ce vieillissement, si la natalité n’augmente pas, le Japon devra recourir à l’immigration – et, dans l’urgence, à une immigration massive. Solution qu’il a, jusqu’ici, refusé d’adopter et qui, s’il observe les conséquences de l’immigration en Europe, a peu de chances de le séduire davantage aujourd’hui. Suave, mari magno

Ainsi, expliquait crûment Hakuo Yanagisawa, puisque “le nombre de machines et d’appareils générateurs de naissances est fixe, tout ce que nous pouvons faire est de leur demander de faire de leur mieux par tête”. Ajoutant qu’il s’agit là d’un devoir à l’égard de la communauté. Pour ne pas, comme le dit M. Katō, être une charge dans ses vieux jours en faisant payer sa maison de retraite par les enfants des autres. Une vérité économique et un appel au civisme (et à l’égalité !) qu’il serait peut-être bon que les Français entendent aussi. Mais encore faudrait-il qu’il y ait, en France, un homme politique aussi courageux que ce Katō.

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