est-elle encline à se battre contre des moulins à vent ? C’est la première pensée qui affleure à l’évocation du , le collectif de journalistes qu’elle vient de lancer pour raviver le débat d’idées au sein de la profession. Objectif : restaurer le pluralisme de la presse, sortir de “l’unanimisme” (variante sémantique embourgeoisée de la pensée unique), s’interroger sur la manière dont les journalistes pratiquent leur métier. L’intention est noble, forcément. La finalité est nébuleuse et, pour être honnête, vaine.

“Le sacré a remplacé l’information”, déplore Natacha Polony, qui manie l’art d’enrubanner les truismes dans de jolies formules. Certes, son constat est juste, quand elle observe que la manipulation des mots, la transformation de la vérité, l’ostracisation des esprits prompts aux « dérapages », se sont accrus au fur et à mesure de la multiplication des organes de presse. Elle a raison quand elle affirme qu’Internet et ses réseaux sociaux sont devenus le dernier bastion de la liberté d’expression et des opinions alternatives “bannies des médias traditionnels” mais aussi, par extension, un pernicieux compost où foisonnent les théories du complot. Son diagnostic est irréfragable quand elle pointe du doigt la nécessité que les médias reconquièrent une “crédibilité” en traitant des vrais sujets de fond. Mais ce n’est pas avec des colloques, des tribunes et autres exhibitions mondaines que l’on va dynamiter la léthargie journalistique.

Pour réhabiliter le pluralisme, annihiler l’autocensure, désamorcer le psittacisme, c’est tout un fonctionnement économique qu’il faudrait au préalable casser. La presse va mal. En France, elle coûte horriblement cher à fabriquer. Elle pâtit de l’omnipotence de Presstalis (société largement déficitaire qui assure la distribution de 75 % de la presse française en kiosque) et du très redouté Syndicat du livre, vivier de cégétistes ultra-privilégiés qui n’hésitent pas à bloquer la sortie des magazines et à employer des méthodes radicales (actions commandos, destruction de matériel, menaces physiques contre des patrons de magazines) pour défendre leur suprématie, quitte à faire sombrer toute la presse dans leur naufrage. Tant que ni la profession ni l’État n’auront le cran de démanteler ces rouages, rien ne changera.

La presse est également tributaire de ses riches détenteurs qui, bien souvent, ne font pas mystère de leurs accointances politiques : Dassault, Bolloré, Pinault, Tapie ou encore le désormais incontournable trio Bergé-Pigasse-Niel. Comme le résume ce dernier : “Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et après ils me foutent la paix.” Au moins, ça a le mérite de la franchise. Dès lors, difficile pour les médias de conserver leur indépendance, d’autant qu’ils doivent aussi composer avec les annonceurs qui leur achètent des espaces publicitaires. Ceux-là, il faut leur servir la soupe, impossible d’en dire du mal.

Quant aux rédacteurs, formatés par les écoles de journalisme et domestiqués par des contrats précaires, ils préféreront se soumettre à une ligne éditoriale taillée dans le politiquement correct. Ce qui ne leur demande guère d’efforts, tant ils sont persuadés d’être dans le camp du bien, tout enivrés du bonheur d’appartenir à une caste d’initiés nichée dans l’antichambre du pouvoir, d’où l’on contemple le peuple de loin. L’esbroufe, la flagornerie, le conformisme y sont plus utiles que la réflexion.

Il faudra bien plus qu’un comité, fût-il baptisé Orwell, pour débugger un système incapable de se remettre en question tant qu’il continue à vivoter sous perfusion des subventions publiques.

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