Accueil Culture Najat Vallaud-Belkacem vaut bien Rabelais

Najat Vallaud-Belkacem vaut bien Rabelais

Il n’y a aucune raison de se priver quand on cumule les victoires, les avancées, les petits et grands pas. L’islam est redoutable ; il faut observer la puissance de cette idéologie, la puissance de la politique qu’elle contient. Hassan II avait raison, comme Baudouin de Belgique : les religions sont indissociables de l’exercice du pouvoir et le vrai respect d’une religion envers l’autre consiste à la laisser s’épanouir dans ses frontières. Ce respect n’existe plus. Gloire à ces deux grands rois.

C’est une utopie, une utopie tueuse de peuple, que de croire qu’un discours politique peut durablement prospérer sans soubassement religieux. Sans ses traditions. Les “valeurs” n’ont jamais eu une autre source que les dogmes religieux, modérés au contact de sociétés vivantes.

Le ministre de l’Éducation nationale, qui n’est jamais en reste sur ce chapitre, en est venu maintenant à proposer un enseignement de l’islam en Alsace-Moselle. “Expérimentation”. “Éveil culturel”. Tous les paravents sont là : on ne s’en méfie plus à ce stade, on connaît la musique. Ce n’est pas la laïcité qui est violée : inapplicable dans cette région ; exception historique, l’Alsace-Moselle est le dernier morceau de territoire soumis au concordat et ses traditions judéo-chrétiennes.

Petite avancée dans l’histoire de l’Occident, autre pas dans la disparition progressive du mot “France” : le gouvernement inocule une nouvelle dose de sédatif. La mort est lente, elle ne vient pas aussi vite que l’on voudrait, la résistance a été sous-estimée à Paris, à Bruxelles ; le “peuple” renâcle, il bouge encore.

L’avancée n’en demeure pas moins notable. Désertés par les élèves, les enseignements catholique, protestant et juif feront désormais pâle figure à côté de celui de l’islam qui garantit le plein essor. Le voilà, le nouveau soubassement.

Oh, je ne dénonce plus rien. Je prends acte. Je me borne à enregistrer les défaites quand l’occasion m’est donnée de le faire. Puisqu’il n’y a que ça. Le sentiment le plus lourd n’est pas celui de la solitude, mais celui de l’impuissance, celui d’une stupeur qui serait devenue si constante, d’une hébétude si installée dans le paysage qu’il faudrait désormais s’y arrêter, se forcer, réfléchir, persister pour enfin la ressentir. Sur ces ruines, “le vent est tiède sans volupté, le soleil doux sans ardeur” : Flaubert les connaît bien, ces bourgeois qui nous gouvernent et qui ont tout perdu, tout, instincts de défense et de survie compris.

C’est que l’enseignement de l’islam, tel que le gouvernement le financera, relève selon ce dernier des suites politiques données aux attentats de Charlie Hebdo. “Dialogue interreligieux”. La boucle est bouclée. On martela que la liberté d’expression fut frappée à Charlie Hebdo, en janvier dernier. Je crois que c’est fichtrement imprécis. Ce n’est pas la “liberté d’expression” mais “l’impertinence” qui fut éventrée ce matin-là à Paris. Impertinence, vieille tradition depuis Rabelais. Abrogée et si vite remplacée. Voici un projet d’épitaphe : 1483-2015.

Savez-vous ce qu’on se dit à Paris ? Qu’une vaut bien un Rabelais. La preuve.

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