Madame Belkacem a de la suite dans les idées ! L’année dernière, elle avait subrepticement supprimé les bourses au mérite. Cette prime d’un montant annuel de 1.800 euros était destinée aux élèves d’origine défavorisée qui avaient obtenu une mention “très bien” au bac et qui se destinaient à des filières dites sélectives (prépas, science Po). Elle a déclenché un tollé. Une association, nommée Touche pas à ma bourse, je la mérite, s’est créée à cette occasion. Elle a obtenu du Conseil d’État l’annulation de la décision de madame Belkacem car le ministre n’avait pas l’autorité nécessaire pour la prendre. Une circulaire de sa part ne suffisait pas. Il fallait un décret du Premier ministre.

Ce dernier n’en a rien fait. Sans doute désapprouvait-il son ministre, même s’il n’a rien dit officiellement. Madame Belkacem a réduit, cette année, de moitié le montant de la bourse. C’est inacceptable ! 900 euros représentent une grosse somme pour qui n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche.

Mme Belkacem a un problème avec l’excellence. Contaminée par les tenants du « pédagogisme », elle prétend privilégier la réussite de tous au détriment de l’excellence républicaine. Les chiffres sont cruels mais elle refuse, par idéologie, de les voir : chaque année, il naît 800.000 enfants en France. Or, il n’existe que 200.000 à 250.000 places de cadres rémunérées au-delà de 2.000 euros mensuels (et encore, uniquement après plusieurs années d’ancienneté !). Il existe donc, qu’on le déplore ou pas, une sélection impitoyable pour désigner les 250.000 heureux élus !

Si on refuse, par idéologie, de faire une sélection basée sur le mérite, la sélection qui se mettra en place sera celle de l’argent et des relations. Plus vous serez haut dans l’échelle sociale, plus vous aurez de facilités à placer vos enfants à des postes rémunérateurs !

Rien n’est plus absurde que de vouloir la réussite pour tous à l’université. Imaginez que les 500.000 nouveaux bacheliers obtiennent tous des masters 2. Auront-ils, pour autant, tous du travail rémunéré à hauteur de leurs diplômes ? Certainement pas ! On créera juste 250.000 déclassés aigris d’avoir un bac+5 au titre ronflant et un SMIC comme perspective ; et encore, s’ils trouvent du travail !

La sélection est indispensable. Mais une sélection loyale basée sur les compétences et la réussite scolaire. Et il faut instaurer une discrimination positive pour les enfants d’origine modeste et multiplier, pour eux, les coups de pouce financiers. C’est pour cela que la suppression, ou la diminution, du montant des bourses au mérite est une faute capitale !

4 juin 2015

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