Madame,

Dois-je l’avouer : j’avais plutôt une certaine sympathie pour vous à votre arrivée au pouvoir. Enfin un visage nouveau, apaisé et souriant. Un discours un peu désincarné, un peu lisse, certes, mais une parole dépassionnée, et finalement assez rassurante. Elle ne l’est pas restée longtemps.

À votre décharge, le job de porte-parole, déjà impossible dans le cadre d’un gouvernement normal, s’avère plus impossible encore dans le cadre de ce « non-gouvernement » et de cette « non-présidence ». Vous voici en effet obligée de porter la parole d’un équipe inexpérimentée, coincée entre les promesses d’un candidat qui savait qu’il mentait et celles d’un président qui, par manque d’imagination et de vision, pense qu’il n’a plus d’autre choix que de continuer à mentir.

Le résultat ? Cette fameuse « spirale du mensonge » que dénonçait il y a quelques jours Jérôme Cahuzac, votre ex-collègue du gouvernement, mais qui ne concerne pas que les comptes en Suisse et qui s’étend aujourd’hui à l’essentiel de la communication gouvernementale.

Pour preuve, et puisqu’on parle de lui, ce même Jérôme Cahuzac a-t-il finalement été viré « à sa demande » comme le précise le plus officiellement du monde le communiqué de l’Élysée, ou au contraire par un moi-Président furieux d’avoir été trahi comme il s’en est, plus tard, défendu avec vigueur ? L’un des deux ment. Soit moi-Président, soit le communiqué de l’Élysée. Le diable est dans les détails.

Pour preuve encore, comment pouvez-vous laisser Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, expliquer aujourd’hui que François Hollande n’avait jamais promis la procréation médicalement assistée (PMA) en même temps que le mariage pour tous ? Je me souviens parfaitement — et ma dentiste elle aussi, passionnée de politique et qui m’en parlait il y a quelques jours encore — de votre discours sans ambiguïté : la PMA, c’était, répétiez-vous, « dès qu’on est élus. » Nous étions le 31 mars 2012. Moi-Président, précisiez-vous, avait d’ailleurs pris l’engagement que l’ensemble de ces réformes arriverait à terme « d’ici le printemps 2013 ». Dominique Bertinotti, ce jour-là, était à quelques mètres de vous. Elle applaudissait. Le mensonge est donc aussi, parfois, un travail d’équipe.

Je sais bien qu’au rythme effréné de l’information en continu, la stratégie des communiquants de tout poil est de nier en bloc au moindre problème, de courber l’échine et de foncer sans trop réfléchir vers des jours que l’on espère meilleurs. Car le brave peuple a la mémoire courte. Et rien de tel qu’un mensonge nouveau pour en cacher un ancien.

Seuls les historiens — et encore… — se régaleront peut-être un jour de ces bobards que vous enfilez aujourd’hui comme les perles d’un collier de plus en plus pesant, de plus en plus serré, au cou de la démocratie : prévisions économiques non seulement fausses mais « abracadabrantesques », votes fantômes ou en catimini à l’Assemblée nationale, ministres corrompus, arrogants ou simplement incompétents, décisions ineptes, rapports enterrés, commissions inutiles, promesses intenables pour succéder à des promesses intenues… N’en doutez pas, Madame, vous ne portez plus la parole du gouvernement, vous portez ses mensonges. Par « action et par omission » selon la formule consacrée. Avec, ces derniers jours, bien entendu, la Palme d’or de l’hypocrisie et de l’incompétence à Pierre Moscovici : après son légendaire « Ce n’est pas le Dominique que je connais », voici le « Ce n’est pas le Jérôme que je connais ». En espérant qu’il connaisse un peu mieux ses dossiers que ses amis…

La courbe des bobards, pourtant, serait plus facile à inverser que celle du chômage ! Mais loin de donner l’exemple, vous êtes la première à prendre l’exact contre-pied des règles de vertu dont vous vous réclamez pourtant. « Cumularde » notoire dans un gouvernement qui se rêve exemplaire et dans un pays qui bat ses records de chômage, voici que vous vous présentez, à l’occasion d’une conférence de presse spécialement organisée à Lyon, comme un modèle de bonne conduite parce que vous démissionnez de deux mandats locaux bénévoles (conseillère municipale de Lyon et conseillère communautaire du Grand Lyon). En oubliant de préciser que vous cumulez quand même encore avec un troisième mandat qui vous permet de compléter votre rémunération de ministre pour la porter au maximum autorisé par la loi. Probablement un hasard… Même vos amis du Nouvel Observateur se sentent obligés de regretter que vous soyez ainsi prise en « flagrant délit d’opacité ». Bref, vous espériez faire éclater la vérité par démission mais vous ne faites que faire éclater le mensonge par omission.

Ma dentiste, toujours elle, me rappelait cette phrase de celui qui n’était encore que candidat : « Moi président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leurs tâches. » Dois-je vous rappeler le nom de sa porte-parole de l’époque ?

Je sais bien que tout le monde ment autour de vous. S’il vous plaît, n’en rajoutez pas !

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