Accueil Editoriaux Najat Vallaud-Belkacem muette face à celui qui refuse de condamner l’État islamique

Najat Vallaud-Belkacem muette face à celui qui refuse de condamner l’État islamique

Impressionnée par Idriss Sihamedi, le président de BarakaCity, Najat Belkacem ? Invitée au “Supplément” de Canal+, ce dimanche 24 janvier, la « gazelle » avait perdu sa langue.

BarakaCity ? Une ONG créée en 2008 qui prône « un djihad pacifique, humanitaire », une « belle alternative » offerte à des jeunes désireux d’aller faire le djihad en Syrie. Un djihad de paix pour s’opposer à l’autre, plus répandu, le djihad des égorgeurs, il fallait y penser ! En outre, BarakaCity est très florissante, ayant recueilli, en trois ans, 16 millions d’euros de dons. Quand même ! De la part de « particuliers, et des footballeurs, aussi » : Idriss n’en dévoilera pas plus. BarakaCity fait donc des émules… Qui plus est, pour un mouvement à composante quasi exclusivement masculine, dont le site Internet n’affiche aucune photo des trois seuls membres féminins. Pour l’heure, l’association se mobilise pour la libération d’un des ses membres, Moussa, incarcéré au Bangladesh, pour d’obscures raisons…

Son président ? « Un musulman normal, tout au plus orthodoxe », c’est ainsi que le barbu Idriss se revendique. Ce qui l’autorise donc à ne « pas serrer la main aux femmes », rien d’anormal à cela, « certains rabbins » font bien de même, dit-il en guise de justification. Ce qui l’autorise, aussi, quand le journaliste Ali Baddou le lui demande, à condamner l’État islamique mais seulement « s’ils tuent, s’ils brûlent des gens dans des cages […] s’ils tirent sur des femmes enceintes ». Une hypothèse hypothétique, en somme, pour Idriss Sihamedi, dont l’organisation – intervenant dans 20 pays – a déjà fait l’objet de perquisitions. D’ailleurs, il se pourrait (il n’en est pas sûr) qu’il soit fiché S, ce brave humanitaire…

On se dit que pour Najat Belkacem, c’en est trop, qu’elle va exiger de couper le sifflet à cet insupportable macho, qu’elle va se lancer dans une longue leçon de morale pour expliquer à ce malotru les règles de l’égalité homme-femme, qu’elle lui touchera même deux mots, histoire de le clouer au pilori, sur l’égalité des genres ? Une Najat brandissant nos valeurs républicaines, rempart contre le terrorisme islamiste, cela en aurait, de la gueule. Las ! Lèvres pincées, air constipé, la tête tournée partout sauf vers l’intéressé, le courageux ministre, de prime abord, ne souhaite pas réagir. Tendue, Najat essayait de jouer les désintéressées… avant de se raviser. Parce que pour un ministre, laisser dire semblables propos sans les condamner, qui le comprendrait ?

Moussa ? Connaît pas, Najat, mais que BarakaCity se rassure : pour des cas comme Moussa, les ambassades sont là pour ça. « Pour le reste, je crois que c’est une association qui porte une façon de voir les choses qui n’est pas la mienne, à laquelle je ne souscris pas et qui me met aussi mal à l’aise, honnêtement, sur votre plateau, et donc je n’ajouterai rien. » C’est son opinion, pas la mienne, c’est ce qu’elle dit, la madame ? Les valeurs républicaines ravalées au rang de vulgaires opinions ? De mieux en mieux, Najat Belkacem !

Peut-être que quelqu’un lui a fait la leçon, à notre ministre ès Éducation ? Car ce lundi après-midi, sur sa page Facebook, la voilà qui, tout d’un coup, a tenu « à ne laisser subsister aucune ambiguïté » après « l’intervention inacceptable » d’Idriss Sihamedi. « Au-delà de la sidération provoquée par le refus inadmissible […] de condamner clairement Daech, les propos de cet individu mettent en cause les principes fondamentaux de notre République, notamment l’égalité entre les femmes et les hommes », écrit le ministre. « C’est la raison pour laquelle j’ai non seulement exprimé mon profond désaccord, mais aussi refusé d’engager un débat avec un individu qui se situe en dehors du champ républicain. »

Eh bien, voilà ! On comprend mieux… Vous êtes prévenus, Messieurs les journalistes, Najat, faut l’oublier pour la télé. Quant au direct, on n’en parle même pas : 24 heures pour réagir ! Bon, il lui reste les hebdos…

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