Editoriaux - Education - Médias - Sport - 23 janvier 2017

Najat Vallaud-Belkacem : les classes bilangues, c’est quand ça l’arrange !

Mme Vallaud-Belkacem n’est pas le premier ministre de l’Éducation nationale atteint de réformite égalitariste. Mais elle est sévèrement touchée. Son passage rue de Grenelle laissera à de nombreux enseignants, mais aussi parents, voire élèves, un bien mauvais souvenir.

La réforme du collège passe mal, parce qu’elle est mauvaise. Alain Finkielkraut et Marc Fumaroli la dénoncent eux aussi. Et Mme Vallaud-Belkacem a beau les traiter de “pseudo-intellectuels”, c’est elle-même que ce mépris de l’intelligence rend ridicule.

Il est inutile de revenir sur toutes les aberrations de cette réforme et les dégâts qu’elle causera. Il est, en revanche, à la fois amusant et pénible de voir que le ministre n’hésite pas à s’asseoir sur ses principes et revient allègrement sur ses décisions quand elles l’embarrassent.

Ainsi, Mme Vallaud-Belkacem avait décidé la suppression des classes bilangues, jugées trop élitistes. Ou plutôt jugées élitistes, « trop élitistes » étant, pour elle, un pléonasme. Exit, donc, la possibilité offerte à certains élèves de commencer l’apprentissage conjoint de deux langues vivantes en 6e.

Mais, quelques mois plus tard, la grogne des professeurs d’allemand, des parents et, surtout, de Berlin l’avait convaincue de faire machine arrière. Le bilinguisme serait donc maintenu, mais uniquement pour les élèves qui auraient étudié cette deuxième langue à l’école élémentaire. Elle avait “mis un point d’honneur” à développer ces sections dans des collèges d’éducation prioritaire plutôt que dans d’autres, où les élèves n’en auraient pas “le plus besoin”. L’art de concilier idéologie et démagogie. En effet, pourquoi, alors, toutes les classes bilangues étaient-elles maintenues dans l’académie de Paris ? Parce que les parents d’élèves, aisés, y sont plus déterminés et influents qu’en province ? Étrange conception de l’égalité des chances…

Le ministre a un autre dada égalitariste : “La mixité sociale est une priorité”, répète-t-elle à l’envi. Pour cela, il faut créer des « multicollèges » : concrètement, transférer une partie des élèves d’un collège qui recrute beaucoup d’enfants issus de milieux défavorisés dans un collège dont le recrutement s’opère plutôt dans les milieux aisés, et vice versa. Six collèges parisiens sont concernés, dont Coysevox et Berlioz dans le XVIIIe.

Cette joyeuse farandole est très jolie sur le papier, mais elle fait évidemment grincer des dents certains parents : “On [les parents de Berlioz] nous dit que les seuls Noirs qu’on supporte, ce sont nos femmes de ménage, tout en nous demandant d’envoyer nos enfants à Berlioz comme autant de petits Casques bleus de la République, chargés d’assurer le vivre ensemble”, se plaint une mère. La querelle des parents risque fort de ne pas favoriser le vivre ensemble des enfants, mais il n’est pas question pour les pouvoirs publics d’abandonner ce projet mal ficelé.

Pour faire passer la pilule, on a donc, comme à l’ordinaire, dégagé de gros moyens (un poste de conseiller principal d’éducation, des classes à 25 élèves, des dotations multipliées par quatre pour les sorties, des sections sportives, des classes médias, des langues vivantes à gogo). On ouvre aussi… des classes bilangues, celles auxquelles Mme Vallaud-Belkacem reprochait précisément d’être contraires à la mixité !

Edmond de Goncourt écrivait : “Un mot qui court sur Paul Bert, le ministre de l’Instruction publique : on dit que c’est un homme qui change à tout moment d’idée fixe.” Cent trente-cinq ans plus tard, rien n’a changé rue de Grenelle…

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