, dont nous avons largement évoqué les déboires dans ces colonnes, est en passe de rompre avec son parti. Déjà ostracisée depuis plusieurs mois en raison d’un franc-parler peu compatible avec les précautions oratoires des dirigeants de l’ex-UMP, sa récente sortie relative à la France, pays de race blanche et de civilisation judéo-chrétienne, l’a définitivement grillée aux yeux de son ancien mentor, Nicolas Sarkozy. Ce qui, soit dit en passant, en révèle beaucoup sur la différence entre un discours “droitier” et les actes de l’ancien Président. Au cas où certains n’auraient pas encore compris ce qui se passerait en 2017 si, d’aventure, il était réélu.

Exit, donc, la tête de liste des régionales pour l’abrupte Nadine qui a voulu faire du de Gaulle dans le texte sans en arborer l’air majestueux ni l’inimitable prononciation. De quoi réjouir les autres partis de droite, à commencer par le Front national, qui ne peut évidemment pas condamner de tels propos, frappés au coin du bon sens.

Pourtant, le Front national ne veut pas de madame Morano. Florian Philippot l’a clairement déclaré mercredi sur France Info : “Je constate que Nadine Morano se prend en boomerang la recherche effrénée de la médiatisation et du buzz. […] Elle m’expliquait que l’immigration c’était formidable et que c’était une chance pour la France. À partir de là, on voit qu’elle est dans l’insincérité, qu’elle cherche à faire parler d’elle par des slogans. C’est cette insincérité qui empêche tout rapprochement.” Marine Le Pen, quant à elle, a enfoncé le clou : “Je n’ai aucune raison d’accueillir Nadine Morano, qui appartient à un mouvement politique immigrationniste.”

Voilà qui est clair. Nadine Morano n’inspire naturellement ni sympathie ni confiance. Son aspect brut de décoffrage peut, certes, attirer des électeurs issus des classes populaires. Mais sa fidélité durant des années à Nicolas Sarkozy, son action calamiteuse en qualité de secrétaire d’État à la Famille (sic !) entre 2007 et 2010 et ses errements idéologiques donnent sans doute raison à Florian Philippot.

Cependant, l’objectif du Front national n’est-il pas de faire éclater l’UMP en la forçant à prendre acte de ses irréductibles contradictions internes ? D’imposer une recomposition à droite, dans un vaste mouvement patriotique et souverainiste ? Une fois encore, le Front national, au sein duquel la “ligne Philippot” ne fait guère l’unanimité, manque une occasion de provoquer cette recomposition. Quelles que soient les critiques à l’encontre de madame Morano, elle constituerait une excellente prise, un coup médiatique retentissant, une surprise à couper le souffle aux donneurs de leçons, dont l’excellent Henri Guaino, qui a jugé utile, lui le gaulliste pur jus, de condamner les propos sur la race blanche.

Le temps médiatique étant instantané, d’éventuelles dissensions ultérieures n’effaceraient pas l’éclat d’une prise de guerre magnifique. L’union de la droite nationale se fera à ce prix. Et il est piquant d’entendre Philippot critiquer une femme qui n’a jamais caché ses opinions plutôt progressistes en matière de mœurs et de reconnaissance des unions homosexuelles. Quant à la recherche du buzz, là, c’est carrément l’hôpital qui se moque de la charité !

Encore une occasion manquée. Le SIEL, dont la vocation est de former un pont entre le FN et le reste de la droite, n’a pas manqué d’appeler Nadine Morano à le rejoindre. Reste à connaître l’avis de la principale intéressée. Peut-être répondra-t-elle un jour à la question sur Boulevard Voltaire ?

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